Exclusif : une majorité de professionnels de santé n’a pas été confrontée au harcèlement sexuel

Paris, le mercredi 22 novembre 2017 – Soudain, un mot s’impose dans l’actualité. Il est dans tous les reportages, dans tous les articles, concentre l’attention. Mais ce mot recouvre des réalités diverses, des ressentis multiples qui empêchent une appréhension précise du sujet et favorise des interprétations  qui peuvent desservir la force du propos initial. Mais qu’est-ce que le "harcèlement sexuel" qui est aujourd’hui l’objet de toutes les dénonciations, de toutes les révélations ? « Le harcèlement sexuel est le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d'user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers ». Telle est la définition que nous propose aujourd’hui l’article 222-33 du code pénal, dont le libellé a remplacé une formulation plus vaste et plus vague annulée par le Conseil Constitutionnel il ya quelques années. Le texte précise par ailleurs qu’une peine plus lourde (trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende contre deux ans et 30 000 euros d’amende) s’impose lorsque l’auteur des faits « abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions » ou si la victime est un mineur ou une personne particulièrement vulnérable.

Des faits de nature très diverse

On le voit, malgré la confusion qui règne dans de nombreux reportages, cette définition ne renvoie pas à toutes les situations qui sont l’objet ces dernières semaines de dénonciations. Ainsi, les remarques sexistes, renvoyant la ou les femme(s) à une prétendue infériorité intellectuelle et physique ou la résumant à ses fonctions maternelles ne peuvent être considérées comme du harcèlement. De même, les attouchements contraints (agression sexuelle) et les viols ne peuvent être confondus avec le harcèlement.

De nombreux faits signalés récemment correspondent cependant à la définition du harcèlement sexuel du code pénal. C’est notamment le cas dans le milieu médical. Les témoignages recueillis sur les réseaux sociaux, dans les médias et à travers l’enquête récemment présentée de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) mettent en effet clairement en évidence la propension de certains praticiens à tenir devant leurs collègues féminines des propos déplacés, de manière répétée, à connotation clairement sexuelle. Les cas de pression dans le but d’obtenir un acte de naturelle sexuelle sont plus rares mais régulièrement dénoncés. 

Que les faits existent est donc indubitable. La question de leur fréquence demeure cependant en suspens. Quand l’omerta qui a longtemps régné pouvait laisser croire en un phénomène rare et isolé, le déferlement de témoignages ces dernières semaines tend, à l'inverse, à créer le sentiment d’une universalité de ces pratiques. 

Sondage réalisé sur JIM du 22 octobre au 20 novembre 2017

61 % des professionnels ni témoins, ni victimes de harcèlement 

Le sondage réalisé sur le JIM du 22 octobre au 21 novembre permet d’offrir une appréciation plus nuancée de la situation. Il apparaît que le harcèlement sexuel n’est pas généralisé dans le milieu médical, mais concerne néanmoins une partie importante des professionnels de santé. Ainsi, 61 % des professionnels de santé affirment n’avoir jamais été ni victime, ni témoin de harcèlement sexuel. Ils sont au contraire 37 % à signaler l’existence de tels faits. Signe que le terme ne suscite pas de confusion ou d’incertitude quant à la nature des infractions concernées, on observe que la proportion de personnes ne se prononçant pas demeure très restreinte (1 %).
ICI Schéma

Les infirmières premiers témoins (ou victimes)

Il est significatif par ailleurs de constater des différences entre les professions. Ainsi, plus la profession est féminisée, plus la proportion de professionnels ayant été victime ou témoin de harcèlement est importante : 63 % des infirmières ont ainsi répondu affirmativement à notre sondage. Chez les pharmaciens, une majorité de professionnels a répondu non (55 %), mais cette proportion de réponses négatives est moins importante que chez les médecins (69 %). Cette analyse pourrait être complétée d’une distinction des répondeurs en fonction de leur sexe, que nous pourrions conduire ultérieurement.

Outre la différence liée au sexe des répondeurs, des conditions spécifiques à chaque profession influencent peut-être la perception des situations. Il peut par exemple y avoir chez les infirmières un sentiment de gravité plus marqué en raison d’une relation ressentie comme un lien de subordination.

Parallèlement, l’excuse fréquemment invoquée dans le monde médical d’une glorification de l’esprit carabin n’opère pas de la même manière dans le monde infirmier. Chez les médecins, par ailleurs, l’omerta, la pression professionnelle et l'habitude à une ambiance marquée par l’omniprésence des connotations sexuelles peuvent favoriser une minimisation.

Mais d’une manière générale, ces chiffres, éloignés de la généralisation que l’on aurait pu redouter, révèlent tout à la fois l’existence d’un recul sur ces questions, mais confirment aussi l’importance de lutter contre ce phénomène fréquent.

De nombreuses actions sont actuellement en œuvre : l’Ordre vient ainsi de s’engager à sanctionner les médecins reconnus comme coupables, tandis que l’ISNI a dévoilé plusieurs recommandations pour faire disparaître le sexisme et le harcèlement des études de médecine.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • De sexisme oui !

    Le 22 novembre 2017

    C'st pourquoi je n'ai pas répondu à la question.
    le pourcentage aurait été bien différent si ce mot avait été utilisé à la place de harcèlement (les remarques sexistes ou gestes déplacés ne sont pas du harcèlement ; mais ne sont pas tolérables non plus !).

    Dr Blandine Courtot

  • Biais de recrutement ?

    Le 22 novembre 2017

    En effet un ajustement sur le sexe paraît indispensable dans une population à majorité féminine. Ces résultats me laissent très dubitative et en l’etat insuffisants pour conclure quant à « la majorité des professionnels de santé ».

    Dr Florence Carriot

  • Interprétation statistique

    Le 23 novembre 2017

    37% de réponses affirmatives dont 63% chez les infirmières... bravo pour l'optimisme du titre. à 49.9% il était encore valable... J'en ai un autre : la majorité des français sont des femmes...

    Fabrice Kwiatkowski (statisticien)

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