L'effet nocébo peut-il mettre en cause la responsabilité du praticien ?

Paris, le samedi 2 septembre 2017 - Les lecteurs assidus du JIM seront peu surpris par cette affirmation : le Levothyrox (ou plutôt le changement de sa boite et de sa composition) inquiète de nombreux patients en France. Peu de temps après la mise sur le marché du produit sous sa nouvelle formule des collectifs se sont formés pour dénoncer les effets secondaires qui seraient liés à la prise de leur traitement. Bien entendu, il n’y a pas lieu ici de contester la réalité des symptômes avancés par les patients sous Levothyrox (pour la simple et bonne raison que cette question dépasse la compétence de l’avocat !). En revanche, il est possible d’affirmer que la large médiatisation du phénomène a pu entrainer chez certains patients (dans une proportion qui reste à définir) un effet nocébo.

Quelle obligation d’information en l’absence de preuve scientifique ?

Quelle attitude le médecin doit-il adopter en présence d’un médicament pris dans une tourmente médiatique ? Le médecin doit-il faire preuve de précaution en prescrivant un médicament qui, en l’absence d’études scientifiques démontrant sa nocivité, est toutefois source d’inquiétude pour le patient.

S’agissant de la prescription, il est difficile de reprocher à un médecin de prescrire le médicament indiqué lorsque les données acquises de la science n’ont pas révélé un effet secondaire insoupçonné. Toutefois, la question de l’information est plus épineuse.

En vertu de l’article L.1111-2 du Code de la Santé Publique, l’obligation d’information du médecin doit porter non seulement sur l’état de santé du patient mais aussi sur les traitements prescrits et leurs « risques graves ou normalement prévisibles ». Ces risques graves ou normalement prévisibles sont, de manière classique, ceux qui sont connus par le médecin selon les données actuelles de la science. On pourrait toutefois considérer que le médecin pourrait étendre cette obligations aux recommandations et préconisations des autorités de santé sur une éventuelle alerte (ou au contraire, sur un démenti formel de ces autorités).

L’effet nocébo est-il un risque comme un autre ?

On sait que le contexte entourant la prise d’un traitement peut avoir un impact sur la santé d’un patient.S’agissant d’un placébo, il est clair que si le patient est informé de l’inefficacité de la prescription du traitement, l’efficacité du placebo (sauf surprise !) est réduite à néant. L’exigence d’une information simple, intelligible et surtout loyale s’oppose à toute prescription d’un placebo en droit français, hors du cadre extrêmement règlementé des études cliniques.

En revanche, il est possible de considérer que l’effet nocébo fait partie d’un« risque » lié à la prise d’un traitementet qui doit être pris en compte par le prescripteur.

En théorie, le médecin se devrait d’informer de l’existence d’effets secondaires possibles d’un médicament… mais aussi du fait que leur survenue est potentiellement la conséquence de cette information !

L’équilibre est donc périlleux. En effet, le médecin, qui est tenu à un devoir d’humanité, ne peut se concevoir en une « franchise brutale crue et sans cœur » comme l’indique l’ordre des médecins.

Il se doit donc de prendre en compte l’état du patient inquiet, mener des investigations et, le cas échéant, de rappeler les données actuelles de la science et le fait qu’il n’est pas impossible d’être en présence d’un symptôme psychosomatique.

« Mais vous ne m’avez pas dit que c’était un nocébo ! »

Faut-il comprendre que l’absence d’information sur l’effet nocébo peut être source de responsabilité ? En théorie rien ne s’y oppose !

En effet, en matière d’effet placébo, la jurisprudence a eu l’occasion de considérer que l’optimisme débordant d’un médecin sur l’état de santé d’un patient pouvait constituer un manquement à l’obligation d’information… une information loyale devrait donc impliquer d’informer le patient de l’ensemble des risques… y compris des risques d'effet nocébo.

L’information sur l’effet nocébo est sans doute l’un des remèdes les plus efficaces contre lui !

Charles Haroche – Avocat (charlesharoche@gmail.com)

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Vos réactions (8)

  • Le médecin peut rien contre.....

    Le 02 septembre 2017

    ...les phénomènes d'hystérie collective.

    Car il faut bien appeler les choses par leur nom: syndrome de conversion, point barre!

    Dr YD

  • Un bon traité à lire

    Le 02 septembre 2017

    Le meilleur livre sur le placebo et le nocebo me semble être celui de Kissel et Barrucand de Nancy : PLACEBOS ET PLACEBOTHERAPIES Edit. Masson.

    JD

  • L'information du malade sur le placebo ou le nocebo est t'elle en soi un nocebo ?

    Le 02 septembre 2017

    J'ai souvent noté un fait intriguant qu'aucun investigateur n'a pu m'expliquer :
    pourquoi tester un traitement vs "placebo" et non vs "rien", et comment concilier ce mensonge avec le droit à l'information du patient?

    ...mêmes investigateurs qui, par ailleurs, plaideront pour la non utilisation d'un placebo en tout autre circonstance.

    Le "placebo" repose, comme le savent tous les organicistes qui peuvent être amenés ou non à en prescrire, sur le transfert patient-médecin; l'utilisation d'une passe hypnotique, de comprimés rouges ou verts, ou de serum physiologique en lieu et place de morphinique, n'étant que le media d'un rituel tranférentiel que l'on espère positif .

    Je ne suis pas loin de penser que l'effet nocebo participe d'un transfert hostile ou du moins ambivalent.

    Donc, l'information nuit à ce qui peut être de très précieux adjuvants, voire au côté "guérisseur" que l'inconscient de beaucoup de patients vient chercher dans la personne du médecin, fut t-il un "pur" organiciste (l'"attente croyante" selon Freud).

    Trop d'information, en ce sens, n'est-elle pas génératrice de "nocebo" ?

    Dr YD

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