La consultation citoyenne aboutit à un plébiscite en faveur de la légalisation du cannabis

Paris, le mardi 2 mars 2021 - « On sait désormais que la légalisation du cannabis n'est plus un tabou en France et que nos concitoyens font le constat de l'inefficacité de la législation actuelle en la matière », a estimé dans un communiqué la rapporteure du volet « récréatif » de la mission parlementaire sur la règlementation du cannabis, la députée LREM Caroline Janvier.

Il est vrai que les réponses obtenues par la consultation citoyenne lancée par l’Assemblée sur la question sont sans appel. Une large majorité des quelque 250 000 personnes qui ont participé plébiscitent la légalisation de cette drogue à des fins récréatives. C'est ce qu'indiquent lundi 1er mars les résultats de cette opération lancée mi-janvier par une mission d'information parlementaire.

Quelque 80,8% des personnes qui ont répondu se disent d'accord avec une autorisation de la consommation et de la production dans un cadre régi par la loi. Ils sont 13,8% à se déclarer favorables à une dépénalisation. A l'inverse, 4,6% sont pour un renforcement des sanctions et seulement 0,8% pour le maintien du cadre légal en vigueur.

Un tournant libéral ?

Depuis plusieurs mois, la mission parlementaire transpartisane effectue un travail de fond sur les limites de la règlementation actuelle s’agissant de la légalisation du cannabis (mais aussi de la vente d’autres produits à base de CBD ou de THC).

« Il faudra lancer une vraie consultation populaire et pourquoi pas un référendum », a estimé dimanche sur Franceinfo Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse et rapporteur général de la mission d'information.

« On fera des propositions d'ici un mois. Aujourd'hui, on fait face à une interdiction mais à une consommation record, donc la situation n'est pas tenable », a ajouté l'élu qui s'est dit favorable à une légalisation du cannabis.

Un tournant libéral qui risque toutefois de se heurter à l’opposition de principe du Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui s’est déclaré à plusieurs reprises opposé à la légalisation d’un produit assimilé publiquement dans un langage peu élégant « à de la merde ».

Première expérience autour du cannabis thérapeutique

Autorisée en 2019 par l'Assemblée nationale mais repoussée par la crise sanitaire du Covid-19, l'expérimentation du cannabis thérapeutique (mais sous forme non fumé) pour au moins 3000 patients souffrant de maladies graves doit commencer au plus tard le 31 mars.

A ce stade, une légalisation du cannabis à quelques mois des élections présidentielles semble improbable. Mais les résultats de cette première expérimentation, s’ils étaient concluants, pourraient donner des arguments en faveur d’une légalisation pure et simple.

C.H.

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Vos réactions (6)

  • Légalisation du cannabis ou dépénalisation ?

    Le 02 mars 2021

    Pour tous les professionnels de santé confrontés quotidiennement aux méfaits des "substances légales" (alcool et tabac), cette perspective de "légalisation" est en effet troublante. Cependant, le choix des mots est aussi important que le choix des moyens qu'il conviendrait de mettre en œuvre pour traiter le grave problème de santé publique en question. "Légaliser" reviendrait à donner un signal très néfaste et faux : "C'est légal, donc ce n'est pas dangereux !". Il s'agit en fait de "dépénaliser" car la répression a clairement échoué. Néanmoins, cette étape législative doit s'articuler avec un travail de fond pour l'information et la prévention. Nous savons à quel point le cannabis est nocif et dangereux, et cela doit être clairement dit et expliqué. Dès lors, il conviendra de lutter énergiquement contre l'usage du cannabis, au même titre que contre le tabac et l'alcool, en espérant que cette lutte ne soit pas entravée par le lobbying de ceux qui pourraient (pourront) profiter "légalement" du commerce du cannabis comme cela a été le cas pour alcool et tabac. L'exemple des états américains qui ont "légalisé" est pour le moins préoccupant, car l'émergence d'un nouveau business semble faire oublier la santé.

    Dr Michel Dauzat

  • Et pourquoi pas un usage "récréatif" du référendum ?

    Le 02 mars 2021

    Chaque fois que ce genre de débat ressurgit sur la place publique, je suis tenté, en ce qui me concerne, de ressortir toute la pharmacopée des anti-histaminiques.
    Et chaque fois qu'elle est ressortie, il semble que ça soit par des imbéciles irresponsables, fussent-ils prétendument "élus de la Nation", pour des ignorants.
    J'ai beaucoup de mal à saisir la logique de prétendus "LÉGISLATEURS" qui se battraient pour dépénaliser l'usage de substances dont il est démontré la nocivité sur la conduite routière, qui sont pénalisées à ce titre et lourdement, semble-t-il.

    Ces substances seraient-elles soudain devenues innocentes? Les scientifiques qui ont fondé les décisions pénales prises par d'autres législateurs, avaient-ils fait fausse route? Sans doute! Comme font sûrement fausse route encore ceux qui ont démontré, dans la même veine, les effets nociceptifs neurologiques de ces produits, dans leur usage dit "récréatif"?

    A moins que, comme à certains moments de délire, dans l'hystérie qui s'est emparée des médias et d'un certain public, à propos de la pandémie, on ne trouve intelligent et légitime de remplacer les études scientifiques par des R.I.P. (référendum d'initiative populaire), soit pour décider d'une stratégie, soit pour accréditer un traitement et le valider.

    Va-t-on s'arrêter de marcher sur la tête? Certes, on cherche activement à utiliser en médecine certains composants du Cannabis qui présentent, il est vrai, certaines vertus thérapeutiques, voire palliatives mais il s'agit de recherches médicales devant aboutir sur des décisions médicales, pour un usage médical bien spécifique. On ne parle pas ici de "récréation".

    Vouloir "euphémiser" la question en utilisant le terme "récréatif", a le mérite de replacer dans la lumière l'imbécilité de la question.

    Il semble bien, in fine, que cette course effrénée à la "dépénalisation" de cette "merde", comme la nomme, à juste titre M. Darmanin (pour une fois je suis d'accord avec lui), ne trouve comme seul argument que l'échec de la lutte contre le trafic.

    Mais alors, Mesdames et Messieurs les parlementaires "libéraux" (mais sûrement pas progressistes), ne vous arrêtez pas en si bon chemin ; dépénalisez toutes les "merdes" qui ont envahi ce marché dont l'économie parallèle nourrit bien d'autres abominations. Si vous analysez la lutte de la police et des douanes avec les mêmes lunettes à verres dépolis, dépénalisez tout: Cocaïne, Héroïne, LSD, Crack, Extasie, Amphétamines et j'en passe car vos "gentils marchands de mort" sont très créatifs et les forces de l'ordre constatent une montée des prises, ce qui peut signifier une montée du trafic, donc leur échec, donc la "non rentabilité" de leur action.

    Vous avez le culot de présenter comme crédible une "consultation citoyenne" à laquelle 250.000 "pèlerins" ont répondu majoritairement en faveur de votre folle et lâche proposition. Il ne vous est pas venu à l'idée que dans une semblable consultation il était prévisible que les partisans acharnés de cette libéralisation allaient se précipiter pour répondre, alors que les autres s'en désintéresseraient, ce en quoi je pense qu'ils ont eu tort. De toute façon, les dés étaient "pipés" d'avance. Votre affaire manque délibérément de sérieux. Indignes de "législateurs".
    Quoi qu'il en soit, si vous tenez un instant à être dignes du mandat qui vous est confié, cette question ne peut appartenir qu'au Parlement, redevenu serein et rationnel et ne votant qu'après des études scientifiques synthétisées, considérant, d'une part l'usage thérapeutique dont la réglementation doit être étudiée séparément, puis ce que vous appelez "récréatif" et pour lequel vous ne pourrez faire l'économie de toutes les contradictions auxquelles il faudra bien répondre.

    Mais là le problème qui ne manquera pas de vous gêner aux entournures, c'est l’incompétence dans laquelle vous êtes, pour la plupart d'aborder ces sujets qui mêlent la médecine, la sécurité individuelle, la sécurité routière, sujets qui, à l'évidence sont tout sauf "RECREATIFS".

    H. TILLY

    PS: Il serait honnête de remarquer que la lutte contre l'alcool et le tabac ne sont pas autant en échec qu'on le prétend, si l'on regarde les courbes de consommation. L'absolu n'est pas de ce monde.

  • Indécent, et même malhonnête

    Le 03 mars 2021

    Parfois les « politiques » consultent les citoyens pour apaiser leurs irritations et leur donner le sentiment qu’ils prennent leur avis en considération. Ils le font aussi quand leur main tremble devant des décisions aux conséquences potentiellement graves ; ils se déchargent ainsi d’une part de leur responsabilité, la faisant partager. Ils se gardent de les interroger quand ils pressentent que la réponse ira à l’encontre de leurs projets.

    Si nous évoquons ces « consultations citoyennes » c’est parce qu’il vient de s’en dérouler une ayant trait au cannabis dit « récréatif.

    Sa première anomalie tient à son initiation par des députés décidés à légaliser cette drogue. Ils se sont d’ailleurs répandus dans des médias acquis à leur projet, qui leur ont ouvert leurs colonnes ou tendus complaisamment leurs micros ; ils leur ont même organisé des débats truqués où l’opinion opposée était absente ou sous représentée.

    Pour être valides ces consultations citoyennes doivent être précédées d’une information rigoureuse, pluraliste, permettant l’expression de toutes les opinions importantes. La confrontation d’idées doit être aux antipodes des pugilats habituels, qui opposent des opinions n’ayant pu être préalablement exposées posément par leurs défenseurs, n’ayant pas expliqué les données du problème ni apporté les preuves des arguments avancés. Sans ces préalables, ces pugilats se réduisent à des formules à l’emporte-pièce, à des invectives, à des roueries, à des effets de manche ; ne laissant pour tout souvenir que l’écume de ces vagues.

    Il est indécent, et même malhonnête, de demander l’avis d’une population sur un sujet aux aspects sanitaires et médicaux complexes, comportant des aspects sociaux, sociétaux, économiques, philosophiques, sans qu’ils lui soient préalablement décrits et explicités.

    Des brigades de lobbyistes ont investi les allées de l’assemblée nationale et du Sénat pour « fourguer » leur cannabis décrété « thérapeutique », leur cannabis « de confort » et leur cannabis « récréatif ».
    On savait, avant cette consultation, que sur ces trois sujets la messe était dite :
    - Elle l’est pour le cannabis déjà qualifié de « thérapeutique » : alors que c’était à la pseudo-expérimentation qui se mettait en place, d’en décider.
    - Elle l’est aussi pour le cannabis « de confort », puisque, défiant la loi Française, des magasins se sont ouverts depuis plus d’un an, en de nombreuses villes de France (« génération spontanée » qui surprendrait jusqu’à Pouchet lui-même), qui vendent du cannabidiol / CBD, décliné sous une large variété de formes commerciales ; épaulé par une publicité éhontée le présentant comme bon pour tout et ainsi bon pour tous.
    - Enfin elle semble presque l’être pour le cannabis « récréatif », en laissant espérer que les « joints » et « pétards» passeraient en libre sé(r)vice.

    Pour rassurer on assure que cette légalisation serait encadrée. Peut-être avec l’efficacité connue pour l’alcool, qui recrute en France 4.500.000 alcoolo-dépendants et alcooliques, 41.000 morts annuelles ; sans compter la déchéance et la marginalisation de centaines de milliers d’individus. Peut-être aussi avec l’efficacité connue pour le tabac, avec ses treize millions de fumeurs irrépressibles, ses 75.000 morts annuels ; ses centaines de milliers d’handicapés ; d’autant qu’il faut rappeler que le cannabis est non seulement plus toxique pour le corps que le tabac, et qu’il y ajoute une épouvantable toxicité psychique et même psychiatrique.

    Il est indécent d’insinuer cette consultation sur le cannabis récréatif au cœur du drame de la Covid. Les soucis économiques, les préoccupations vitales, vaccinales, la crainte d’un reconfinement, détournent de ce sujet l’attention de la majorité des citoyens, à l’exception de celles des 1.500.000 consommateurs réguliers de cannabis, impatients de sa légalisation. Ce contexte anxiogène est à l’origine d’un énorme biais dans le recrutement des réponses ; ce qui invalide les résultats de cette consultation.

    Un détail (si tant est qu’un conflit d’intérêt ne puisse être qu’un détail), le vice-président de la mission parlementaire qui traite des trois strates du cannabis (« thérapeutique » ; « confort » ; « récréatif ») J.-B. Moreau, est député, porte parole de LaREM. Cet agriculteur creusois déclare vouloir faire de son département le creuset de la filière cannabique nationale.

    Le sommet de la malversation consiste à interroger nos concitoyens sur un sujet pour lequel ils sont non seulement notoirement pas informés, mais même sont désinformés.
    L’observatoire européen des toxicomanies (OEDT) a décerné un carton rouge à notre Nation pour ses carences majeures en matière d’information et de prévention sur le cannabis. Qu’elle est la réponse de nos députés à cette admonestation ? « Vite ! Dépêchons nous de les interroger, avant qu’ils n’en sachent davantage ». Pendant ce temps les médias sont d’une discrétion complète sur les effets épigénétiques du cannabis et de son THC, dont les conséquences peuvent pourtant être dramatiques.

    Si l’information sur les méfaits de cette drogue était convenablement faite, les Français ne seraient pas ses tout premiers consommateurs parmi les 27 nations de l’Union Européenne. Pourquoi l’éducation nationale ne s’investit-elle pas dans cette prévention ? Interrogée, elle déclare continuer d’effectuer des « expérimentations ».
    Si le nombre des cannabinophiles en France s’est considérablement accru, le maintien de la loi de prohibition de 1970 a malgré tout limité, à un certain degré, les dégâts de cette drogue, et ce malgré l’absence de toute pédagogie. Continuons d’agir, de résister, pour en protéger nos jeunes (« nos germe d’éternité- terrestres »).

    Pr Jean Costentin




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