La douleur, complication souvent négligée de l’IVG médicamenteuse

Dominique Letourneau et le Dr Philippe David

Paris, le samedi 18 mars 2017 – Au printemps dernier à l’occasion de l’élargissement des compétences des sages-femmes libérales, qui désormais peuvent réaliser des IVG médicamenteuses, cette méthode a été l’objet d’appréciations et de commentaires suggérant une certaine banalisation de cet acte et une minimisation de ses conséquences médicales. Prenant pour point de départ la question de savoir si les sages-femmes pouvaient prescrire des arrêts de travail, certains ont en effet considéré que la cessation d’activité n’était pas nécessairement indiquée lors d’une IVG par voie médicamenteuse. Une telle position paraît ignorer la réalité et notamment le niveau de douleur éprouvé par les femmes. Il s’agit d’une dimension occultée par la littérature, un phénomène qui tend à amoindrir la portée médicale de cet acte.

Le docteur Philippe David, gynécologue obstétricien au sein du centre IVG Clotilde Vautier et Dominique Letourneau, président du directoire de la Fondation Avenir reviennent sur cette réalité méconnue en s’appuyant sur les résultats d’une étude inédite. Ils appellent d’une part à la conduite de nouveaux travaux afin d’évaluer les stratégies les plus pertinentes pour prévenir le plus efficacement la douleur et d’autre part à la mise en œuvre d’une information plus loyale et complète des patientes.

Par le Dr Philippe David* et Dominique Letourneau **

Aujourd’hui près de 220 000 IVG sont réalisées en France et 57 % d’entre elles sont pratiquées par voie médicamenteuse. Celle-ci est souvent considérée comme simple, facile d’accès et donc banalisée.

Et pourtant… il est des signes du "terrain" qu’il convient d’écouter.

Alors que la littérature reste muette sur la question de la douleur, comme si elle ne se posait pas, les praticiens et les soignants qui accompagnent les femmes lors de l’acte d’IVG médicamenteuse font état de douleurs qui peuvent être très intenses.

Aucune étude ne venait corroborer ces constatations. Aussi, dans le cadre de son partenariat avec la Mutualité Française, la Fondation de l’Avenir a initié une étude pilotée par le centre Clotilde Vautier (Pôle hospitalier Mutualiste Jules Verne, à Nantes).
Pour cette étude, les chercheurs de l’INSERM ont interrogé près de 453 femmes ayant eu recours à ce type d’IVG dans 11 centres français. L’IVG par voie médicamenteuse peut être réalisée jusqu’à sept semaines de grossesse en établissement de santé ou à domicile. L’IVG médicamenteuse dure généralement cinq jours. Elle commence à la prise d’un premier médicament, qui prépare l’organisme à l’expulsion.

Pour certaines femmes, l’IVG peut se transformer en calvaire : 27 % d’entre elles affirment avoir ressenti des douleurs très fortes au 3e jour. Elles sont équivalentes ou supérieures à 8 sur une échelle de 1 à10. La douleur est tout sauf une exception.

Des facteurs de risque de douleurs intenses

L’IVG, qu’elle soit instrumentale ou médicamenteuse, est un acte médical. Et à ce titre, toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toutes circonstances prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. Ceci est spécifié dans l’article L 1110-5 du code de la santé publique et s’impose à tous les professionnels de santé. Pour l’IVG, ce qui est important, c’est à la fois d’offrir le choix de la méthode et de l’individualisation de la démarche, notamment en termes d’antalgique.

Notre étude fait bien apparaitre que toutes les femmes ne sont pas égales face à ces souffrances. Nous avons identifié trois facteurs de risque. Si la patiente n’a jamais connu de grossesse auparavant, les douleurs sont plus pénibles. Il en est de même pour celles qui ont, d’ordinaire, des règles douloureuses. Un paramètre peut toutefois être modifié, la mifépristone, administrée le premier jour. Deux doses différentes ont été prescrites, 200 mg ou 600 mg. La seconde n’est pas souvent prescrite, mais c’est pourtant elle qui soulage le plus.

Notre étude est une première étape, qui permet de mettre à jour, une question jusqu’alors esquivée. Dans un contexte de tentation de remise en cause de l’IVG, nous affirmons au contraire la nécessaire médicalisation de ce droit avec tout ce que cela sous-entend en termes d’accès, de choix et de prise en charge.

La piste de la posologie de la mifépristone à creuser

Comme tout acte médical, l’IVG médicamenteuse implique un consentement libre et éclairé, consentement obtenu après une information accessible et loyale. Celle-ci ne le serait pas si les femmes n’étaient pas bien informées sur les effets secondaires. D’autant qu’outre les douleurs, la fatigue, les nausées et vertiges sont parmi les symptômes les plus fréquents. Sont aussi notés des saignements qui sont vécus, pour 1/3 des femmes, comme inquiétants, voire très inquiétants. Des situations socio familiales peuvent rajouter un sentiment de solitude ou de culpabilité, ce qui n’est pas sans effet sur la douleur. Pour le praticien il est donc important de trouver un juste milieu entre franchise et apaisement.

Cette étude montre que la recommandation retenue en terme de prescription pour la posologie de la mifépristone, le stéroïde synthétique utilisé comme abortif, n’est pas neutre sur la souffrance ressentie.Mais nous ne pouvons en tirer en l’état de conclusions définitives. L’étude que nous avons conduite a juste permis d’identifier la problématique.

Seul un essai randomisé en double aveugle viendra ou non confirmer la pertinence de privilégier le dosage de 600 mg en regard du 200 mg, tel qu’actuellement recommandé. La Fondation de l’Avenir est disponible pour le coordonner.

* Gynécologue au centre IVG Clotilde Vautier de la Clinique Jules Vernes de Nantes
** Président du directoire de la Fondation Avenir

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Vos réactions (2)

  • Censure

    Le 18 mars 2017

    Vous ne savez donc pas qu'aucun avortement ne provoque de douleur ? C'est pourtant la doctrine officielle ! Et tous ceux qui prouveront le contraire seront menacés de prison pour délit d'entrave à l'IVG.

    Julien Metais

  • Chut !

    Le 19 mars 2017

    Vous allez être accusé de délit d'entrave à l'IVG !

    Dr Michel de Guibert

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