La PMA pour « toutes » est-elle contraire au serment d’Hippocrate ?

Paris, le lundi 8 octobre 2018 – Auditionné par l’Assemblée nationale le 19 septembre dernier, Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) révélait que son institution n’était pas hostile à l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes célibataires et aux couples de femmes.

Quelques jours plus tard, dans une note publiée en ligne, l'Ordre confirmait cette position en estimant qu’il ne pouvait être « une instance moralisatrice face à une demande sociétale. Si la société veut une aide médicale à la procréation (AMP) élargie aux femmes seules ou homosexuelles en couple, c'est à elle de trancher. L'Ordre ne peut s'y opposer ».

Dans une tribune publiée dans Le Figaro, plus de 340 médecins protestent contre le choix de l’Ordre estimant qu’il est « contraire à la vocation de la médecine et au serment d'Hippocrate ».

Ils rappellent en effet que la PMA pour "toutes" ne recouvre pas une indication médicale et souhaitent s’en tenir à la définition de la médecine comme « un art dont les buts exclusifs sont de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l’organisme, réparer les malformations anatomiques ».

Ils estiment donc qu’« au-delà de ces indications, tout acte intrusif chez une personne qu’on sait en bonne santé sort du champ médical, C’est le cas de l’insémination artificielle avec sperme de donneur en dehors de la complémentarité homme-femme. Il est donc paradoxal pour ne pas dire antinomique que l’Ordre des médecins ne s’oppose pas à l’élargissement de la PMA. Le rôle de l’Ordre est pourtant de rappeler les limites et les exigences de notre profession ».

La boîte de Pandore

Les auteurs ajoutent encore : « qui pourra s’opposer demain aux demandes de couples hétérosexuels qui voudront un bébé parfait et se tourneront vers le corps médical pour répondre à leur attente au nom de l’égalité ? Nous savons que le marché de la procréation est immense. Ouvrir la PMA non médicale aux femmes en bonne santé, c’est ouvrir le marché du corps humain » soulignent-ils semblant considérer que l’Ordre se risque ici à ouvrir la boîte de Pandore.

Les signataires contestent également sur la forme l’avis de l’Ordre, rendu sans consultation alors qu’il aurait été facile d’en faire une par voie numérique.

Mais peut-être que l’Ordre n’a pas voulu s’y soumettre connaissant l’opinion plus que réservée des professionnels de santé sur cette question, notamment mise en évidence par le JIM qui, posant la question à ses lecteurs « êtes-vous favorable à l’accès des couples de femmes et des femmes célibataires à la PMA ? » avait pu constater une opposition claire à 61 % !

Frédéric Haroche

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Vos réactions (7)

  • Une attitude choquante de l'Ordre

    Le 08 octobre 2018

    La conclusion de l'article, à savoir que l'Ordre n'aurait pas consulté les médecins parce qu'il les savait hostiles à l'ouverture de la PMA à des couples de femmes et des femmes célibataires, rend plus grave l'attitude choquante de la section éthique et déontologie du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et la position éthique irréfléchie prise unilatéralement par l'Ordre des Médecins pour se soumettre aux diktats "sociétaux" au mépris de l'éthique médicale.

    Dr Michel de Guibert

  • Une attitude choquante de l'ordre

    Le 09 octobre 2018

    Bien d'accord, c'est encore pire...

    Dr Anne-Gabrielle Rahier

  • Au sujet des devoirs du Conseil de l'Ordre

    Le 11 octobre 2018

    Le Conseil de l'Ordre a tendance à être "du côté du manche", trop souvent à la botte du gouvernement. Toutefois, il est sensé représenter les médecins inscrits et le minimum est de leur demander leur avis pour ce type de prise de position qui engage fortement notre société et qui impliquera notre profession. A moins qu'on ne forme des inséminateurs non médecins.

    Dr Claude Krzisch

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