Le choix de la péridurale influe-t-il sur la réussite de l’allaitement ?

Plusieurs études ont attiré l’attention sur le fait que l’analgésie péridurale au cours du travail  pourrait avoir un impact négatif sur l’initiation ou sur la durée de l’allaitement maternel. Les dernières recommandations de l’OMS plaident pour une analyse plus approfondie de cette relation entre la péridurale au cours du travail et l’allaitement.

Ces guidelines suggère notamment qu’il pourrait exister des différences entre les femmes qui expriment« a priori » le souhait d’une analgésie péridurale pour ne pas connaître les douleurs du travail et celles qui ne demandent cette analgésie qu’en dernier recours quand le seuil de la douleur leur paraît insupportable. Ces différences pourraient influencer d’une façon ou d’une autre la réussite de l’initiation de l’allaitement.

Cette hypothèse n’avait pas été explorée jusqu’à présent. C’est ce qui fait l’intérêt d’une étude menée en Italie et publiée récemment. Au total 3 628 patientes ayant accouché par voies naturelles et désireuses d’allaiter ont été incluses. Parmi elles, 775 ont reçu une analgésie péridurale, demandée avant l’accouchement pour 207 d’entre elles, et devant l’impossibilité de tolérer la douleur pour les 568 autres. Le succès de l’initiation de l’allaitement était établi si les femmes allaitaient au moment de la sortie de la maternité et si l’enfant avait perdu moins de 7 % de son poids à 60 heures de la naissance.

Moins d’initiations de l’allaitement réussies pour celles qui ont opté a priori pour une péridurale

Les résultats semblent confirmer l’hypothèse du rapport de l’OMS. Il apparaît en effet que les femmes qui optent a priori pour l’analgésie péridurale ont un taux de réussite de l’initiation de l’allaitement inférieur à celles qu’ils n’ont pas opté pour l’analgésie (49,3 % vs 62 % ; différence de 12,7 % -  risque relatif  [RR] 0,65 ; Intervalle de confiance à 95 % [IC]  0,48 à 0,87). En revanche, les femmes qui ont demandé une analgésie péridurale en dernier recours ont le même taux de réussite de l’allaitement que celles qui ont supporté la douleur jusqu’à la fin de l’accouchement (RR 0,99 : IC 0,80 à 1,23).

Ces données mériteraient d’être approfondies, particulièrement pour tenter d’en expliquer les ressorts. Les auteurs estiment toutefois que les femmes choisissant l’analgésie péridurale a priori et qui désirent allaiter devraient être considérées comme à risque d’échec de l’initiation de l’allaitement et que d’autres travaux seraient nécessaires pour préciser si ces femmes tireraient bénéfice de supports plus intensifs pour favoriser l’allaitement.

Dr Roseline Péluchon

Références
Wetlz RG et coll. : A priori choice of neuraxial labour analgesia and breastfeeding initiation success: a community-based cohortstudy in an Italian baby-friendly hospital. BMJ Open 2019; 9:e025179

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Vos réactions (7)

  • Nombreux a priori

    Le 08 mars 2019

    Nous revenons à un discours vieux de trente ans qui semblait être dépassé ou presque....
    Les termes mêmes employés font précisément de l'à priori entre les femmes qui accepteraient la douleur et celle qui la refuseraient tout bonnement au risque de difficultés d'allaitement.
    Ainsi les notions de réussite, d'impact négatif, des femmes qui à priori souhaitent une péridurale pour ne pas connaitre les douleurs du travail ??? et celles qui en demandent en dernier recours....
    Vous ne prenez aucunement en considération l'accueil d'un nouveau-né par une mère ayant pu vivre son accouchement en conscience et sans jugement péremptoire sur ses choix.

    Noëlle Echiffre, psychanalyste

  • Contre exemple

    Le 08 mars 2019

    Je suis un contre-exemple de vos conclusions et je doute être la seule. Péridurale pour mes 3 enfants et durées d'allaitement de 9, 22 et 6 mois. Le choix de la péridurale a été fait en considérant que la douleur n'apportait rien à l'accouchement. Par contre les mêmes connaissances scientifiques m'ont fait opter pour un allaitement prolongé, pour la santé de mes enfants. Le vrai problème de l'allaitement, c'est l'incohérence des discours et l'absence de formation (hétérogène en +) selon les différents personnels, qu'il s'agisse d'établissements publics comme privés. Les femmes qui choisissent de ne pas avoir de péridurale sont souvent celles qui prônent le "retour au naturel" et celles-là ne se contentent pas des discours absurdes de la plupart des établissements sur l'allaitement. Elles se font soutenir par des personnes chez qui l'allaitement a marché. Quant aux femmes comme moi, plus soucieuses des règles scientifiques, je ne me suis pas contentée non plus des discours hospitaliers (même si le premier établissement où j'ai accouché était à la pointe dans ce domaine).

    Dr Marie-Ange Grondin

  • Souffrir c'est mieux !

    Le 08 mars 2019

    Culpabiliser les femmes qui ne supportent pas les douleurs de l'accouchement en 2019 et le 8 mars
    "journée des femmes" c'est un comble !

    Dr Virginie Eclache

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