Le test au furosémide pour prédire l’aggravation de l'insuffisance rénale aiguë

L'insuffisance rénale aiguë (IRA) concerne 5 % de tous les patients hospitalisés et jusqu'à 60 % des patients admis en Réanimation, avec, en dépit des avancées de la médecine, un taux de mortalité très élevé (50 à 70 %).

Bien que de nouveaux biomarqueurs de l'IRA soient prometteurs, ils parviennent mal à prédire avec précision l'évolution de l'IRA. D’où l’intérêt du test de stress au furosémide (FST) conçu pour prédire la progression de l'IRA. Chawla et al. avaient déjà étudié 77 patients en phase critique atteints d'IRA de stade 1 ou 2 en évaluant leur réponse au FST. Bien qu’ils aient montré que les non-répondants (< 200 mL d'urine dans les 2 h) étaient plus susceptibles de développer une IRA, leur étude pilote avait utilisé deux cohortes distinctes de patients en état critique (rétrospective [n = 22] et prospective [n = 54]), limitant ainsi la validation prospective de leurs résultats.

Simplissime, fiable et anodin

D’où l’intérêt de cette nouvelle étude, prospective et multicentrique (5 centres nord-américains) afin de mieux caractériser et valider le FST comme moyen de prédire l'aggravation de l’IRA. L’hypothèse était que chez les patients atteints d'IRA de stade 1 ou 2, une diurèse < 200 mL au cours des 2 premières heures suivant l'administration de 1 mg (patients naïfs vis à vis du furosémide) ou 1,5 mg/kg (patients ayant déjà reçu un diurétique de l’anse) de furosémide intraveineux permettrait de prévoir une détérioration de la fonction rénale, définie comme une progression vers une IRA de stade III ou bien vers une IRA nécessitant le recours aux techniques d’épuration extra-rénale.

Ont été inclus 92 patients en état critique dont 23 ont évolué vers le stade III de l'IRA après avoir eu une diurèse significativement moindre (p < 0,0001). La diurèse des deux premières heures s’est avérée être le paramètre le plus prédictif de la progression vers l'IRA de stade III (AuROC = 0,87), avec un seuil idéal de coupure inférieur à 200 mL, une sensibilité de 73,9 % et une spécificité de 90,0 %.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Rewa OG, Bagshaw SM, Wang X et coll. : The furosemide stress test for prediction of worsening acute kidney injury in critically ill patients: A multicenter, prospective, observational study. J Crit Care. 2019; 52:109-114. doi: 10.1016/j.jcrc.2019.04.011.

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Vos réactions (4)

  • Le furosemide ne modifie pas l'évolution des IRA

    Le 20 août 2019

    Il est un peu surprenant de voir nos amis américains proposer ce test alors qu'il a été largement démontré que le furosemide ne modifiait pas l'évolution des IRA et pouvait même s'avérer délétère lorsqu'il était mal utilisé ...Le fait d'avoir une diurèse maintenue peut être plus « confortable » (y compris pour l’angoisse du réanimateur...) mais ne préjuge en aucune façon d'une amélioration plus rapide de la fonction rénale.

    Dr Olivier Kourilsky

  • D'accord avec OK

    Le 20 août 2019

    OK a raison, et avant que tous les MG se jettent là dessus il manque aussi une précision : 1 mg/kg par quelle voie?

    Dr MA(MG)

  • Dangers du test au furo

    Le 21 août 2019

    Le danger est de faire ce test sans optimiser la volémie et le débit cardiaque et de laisser s'installer une polyurie inadaptée et non compensée.
    En gros soigner le bocal avant le patient.

    Dr S. Moulront

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