Moins longtemps à l’hôpital avec le rivaroxaban !

Pendant plus de 50 ans, le traitement de la maladie thrombo-embolique (MTVE) a consisté en une anticoagulation parentérale par héparine suivi d’un relai par antivitamine K (AVK). Un des avantages évidents des nouveaux anticoagulants oraux (dabigatran, rivaroxaban, et apixaban) est de ne pas nécessiter une surveillance biologique et donc, potentiellement, de permettre de raccourcir les durées d’ hospitalisation en cas de MTVE non compliquée.

L'analyse des données des essais EINSTEIN a ainsi montré que les patients recevant le rivaroxaban avaient une durée de séjour à l’hôpital plus courte comparativement à ceux ayant reçu de la warfarine (AVK). Ces données, provenant d’essais cliniques stricts, apparaissent confortées par une étude rétrospective, menée aux Etats Unis.

Les patients sont des adultes de plus de 18 ans, admis pour une maladie thrombo-embolique nouvellement diagnostiquée entre janvier 2011 et juillet 2014. Les critères d'exclusion sont un diagnostic de MTVE datant de plus de 24 h après l'admission, une contre-indication à l'anticoagulation, un traitement par agents fibrinolytiques ou  anticoagulants préalable et la grossesse.

Sur 1 553 patients atteints de MTVE, 414 remplissent les critères d'inclusion. Les patients sont répartis en 4 groupes selon leur traitement de sortie : rivaroxaban (n = 72 [17,4 %]), warfarine (n = 203 [49,0 %]), énoxaparine (n = 50 [12,1 %]) et la warfarine associée à l'énoxaparine dans le cadre d’un relai en cours (n = 89 [21,5 %]). Les patients sortis sous warfarine sont significativement plus âgés et plus souvent porteurs d’une insuffisance rénale, comme attendu en raison  des contre-indications du rivaroxaban et de l'énoxaparine en cas d’insuffisance rénale.

Moitié moins que sous AVK

Les patients sortis sous rivaroxaban ont une durée de séjour plus courte en comparaison avec les patients sortis sous warfarine : de 3,5 jours vs 7,0 j (p < 0,001), mais identique aux malades sortis sous énoxaparine seule (durée de séjour de 3,0 jours) ou ceux sortis sous énoxaparine en association avec la warfarine qui sont restés à l’hôpital 4,0 jours (p > 0,05 pour ces 2 dernières comparaisons). Après ajustement en fonction de divers cofacteurs (l'âge ou le sexe, les antécédents cardiaques ou oncologiques, la fonction rénale, l'étiologie de la MTVE ou l’indication d’une admission en soins intensifs), les patients sortis sous warfarine ont une durée de séjour augmentée de 116,6 % par rapport aux patients sortis sous rivaroxaban (p < 0,001).

L'incidence des saignements et les taux de réadmission à 6 mois ne sont pas différents parmi les groupes en fonction du type de traitement anticoagulant.

Dans cette étude rétrospective, les patients admis avec un nouveau diagnostic de MTVE et mis sous rivaroxaban restent une peu moins longtemps à l’hôpital ce qui peut conduire, potentiellement,  à des économies substantielles.

Dr Béatrice Jourdain

Références
Desai A et coll. : Comparing Length of Stay Between Patients Taking Rivaroxaban
and Conventional Anticoagulants for Treatment of Venous Thromboembolism.
Lung, 2016 ; 194: 605–611
DOI 10.1007/s00408-016-9898-8

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Vos réactions (2)

  • Le traitement ambulatoire de la MTEV était possible avant les nouveaux anti-coagulants

    Le 16 mars 2017

    Les phlébites sont traitées depuis 20 ans en ambulatoire pour 70% d'entre elles et ce avec le traitement classique HBPM / relais AVK.
    Dire que le rivaroxaban a permis de raccourcir l'hospitalisation pour les TVP c'est faux.
    Quant à l'embolie pulmonaire elle est le plus souvent hospitalisée, celle que l'on traite à Domicile c'est l’embolie pulmonaire avec un score gravité très faible. Là encore le traitement classique le permet.
    Oui les anticoagulants oraux directs sont de bons médicaments mais ce ne sont pas eux qui ont permis le traitement ambulatoire de la MTEV, ils facilitent l'anticoagulation avec un confort pour le patient et le médecin.

    Dr JP Laroche, Médecin Vasculaire, CHU Montpellier et Avignon

  • Et les 20 % liés au cancer ?

    Le 17 mars 2017

    20 % des MTVE sont associées à des cancers, on le sait depuis Trousseau. Le cancer lui-même peut être responsable de la présence d'un caillot, soit parce qu'il provoque des modifications dans les facteurs de coagulation, soit parce que la tumeur compresse des veines proches, soit que le traitement en faisant fondre le cancer libère les veines comprimées et permet à une embolie pulmonaire de se produire.

    Dr JD

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