Ne restons pas sourds aux dangers des cotons-tiges !

Les cotons-tiges (CT) ont été inventés en 1923 et le premier rapport sur les dangers liés à leur utilisation  tels que les risques de perforation tympanale, d’otite externe, d’impaction de cérumen… a été publié en 1972. Les CT sont largement employés pour nettoyer le conduit auditif et malgré les avertissements des fabricants, ils demeurent la cause la plus fréquente des blessures accidentelles du conduit et du tympan.

Des auteurs de l’Ohio ont étudié ces accidents dus aux CT à partir d’une base de données le « National Electronic Injury Surveillance System » (NEISS), recueillies sur un échantillon de 100 hôpitaux avec une consultation d’urgence et donc représentatives de l’ensemble des USA. Le NEISS inclut des informations sur les caractéristiques démographiques des patients, la localisation corporelle des blessures, l’agent causal, une brève narration des cas. Celles concernant les patients de moins de 18 ans examinés aux urgences entre 1990 et 2010 pour blessures en relation avec les CT ont été analysées à l’exclusion des  impactions et otites moyennes ou externes dont il était impossible de savoir si ces complications précédaient ou suivaient l’utilisation du CT.

Les enfants de moins de trois ans sont les plus exposés

Entre 1990 et 2010, il a été estimé que 263 338 enfants (204 871 à 321 804) ont été examinés dans les services d’urgence des hôpitaux américains pour des blessures liée à des cotons-tiges, soit une moyenne annuelle de 12 540 ou 17,6/100 000 enfants, avec une augmentation non significative de 1990 à 2001 (78,2 %) et une baisse de 2001 à 2010 (26 %). Les enfants de 0 à 3 ans avaient le taux de blessure le plus élevé (32,2/100 000). Les circonstances les plus souvent documentées de blessure étaient le nettoyage des oreilles (73,2 %) et les sujets eux-mêmes tenaient le plus fréquemment le CT (76,9 %). Les motifs les plus courants de consultation aux urgences étaient une sensation de corps étranger (39,2 %) et un saignement (34,8 %). A l’examen, la présence d’un corps étranger (29,7 %) et une perforation tympanale (25,3 %) ont été les diagnostics les plus fréquents.

Ainsi, la plupart des blessures de l’oreille surviennent lorsque les enfants tiennent eux-mêmes le coton-tige en nettoyant leurs oreilles. Les constatations les plus communes sont la présence d’un corps étranger et la perforation du tympan. En dépit des avertissements, ces blessures persistent. Leur prévention nécessiterait de nouvelles campagnes dirigées sur les parents et les enfants.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Zeenath SA et coll. : Pediatric cotton-tip applicator-related ear injury treated in United States emergency departments, 1990-2010. J Pediatr., 2017; 186: 124-130.

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Vos réactions (5)

  • Et les poissons ?

    Le 09 août 2017

    Cette forte incidence des lésions du tympan liées à l'emploi des CT aurait du attirer l'attention des pouvoirs publics, et de l'HAS en particulier.
    Au lieu de cela, on va prochainement interdire les CT par décision de Bruxelles et de notre écolo en chef !
    Motif : les CT sont indestructibles et, absorbés par les poissons et mammifères marins, ils causent à ces bons petits animaux des perforations digestives fatales.

    Le tube digestif des animaux marins préoccupe donc davantage les élites qui nous gouvernent que les tympans des enfants que nous soignons.

    Dr Maurice Mehl

  • Très vrais !

    Le 09 août 2017

    Je les ai toujours interdits à mes patients pour un motif supplémentaire : ils retirent les 3/4 des bouchons de cérumen mais involontairement on en repousse une petite partie qui s'accumule contre le tympan et c'est parfois difficile à retirer. Mais pour nettoyer les oreilles de certains "clébards" c'est génial et pour les bricoleurs minutieux ils sont très,très,très utiles. Et le nettoyage des doigts de pieds ! Vite que l'Europe s'en occupe ; on saura enfin où part notre argent.

    Dr Richard Guidez

  • Le feuilleton des cotons tiges pour les oreilles

    Le 09 août 2017

    Grand éclat de rire ! J'ai fait du recrutement militaire, et un jeune moine de cette communauté silencieuse de la Grande Chartreuses est arrivé, dont l'audiogramme était fortement diminué. Un examen otoscopique a montré deux énormes bouchons de cire adhérents, durs, que j'ai eu beaucoup de peine à extraire en 15 minutes. Juste après, il s'est écrié: "mais j'entends !", heureux, hilare. Je lui ai sobrement répliqué que j'avais fait un miracle (il ne m'a pas baisé les mains, je précise).

    Les voix du Seigneur sont impénétrables !

    Dr Virgile Woringer

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