Olivier Véran face au fiasco des tests PCR

Paris, le vendredi 18 septembre 2020 – Embouteillage devant les laboratoires, manque de réactifs, temps d’attente des résultats beaucoup trop longs, coût majeur pour la Sécurité sociale: la politique de dépistage massif de la population tourne au fiasco en France.

OIivier Véran persiste et signe. Lors de son point de situation de ce jeudi, point destiné à devenir hebdomadaire, le ministre de la santé, entre autres annonces sur l’évolution de l’épidémie de coronavirus en France, a défendu la stratégie gouvernementale « assumée » de tests « à grande échelle », « gratuits et sans ordonnance ». La décision de l’exécutif mi-juillet de tester tout ceux qui le souhaitent gratuitement et sans ordonnance partait certes d’une bonne intention, mais en faisant exploser le nombre de tests PCR réalisés en France (1,2 million par semaine) sans préparation logistique, elle a pris de court des laboratoires qui n’étaient pas prêts à faire face à un tel afflux.

Aujourd’hui, la situation sur le front du dépistage est totalement hors de contrôle. Devant la plupart des centres de dépistage et des laboratoires, de très longues files d’attente se constituent et le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous est désormais de trois jours en moyenne. Pire encore, il faut parfois patienter entre sept et dix jours pour obtenir le résultat du test, rendant toute politique cohérente de suivi des contacts impossible. « On fait un million de tests, mais on ne teste pas les bonnes personnes » dénonce l’épidémiologiste Catherine Hill. « Le contact tracing est une véritable passoire ». Sans compter le cout important pour les finances publiques : le dépistage a déjà couté 900 millions d’euros à l’Assurance maladie et le cout total pourrait dépasser les 2 milliards d’ici la fin de l’année si le nombre de tests remboursés ne diminue pas.

Doctrine de priorisation

Face à cette situation, Olivier Véran a reconnu que les services sanitaires étaient « confrontés à de réelles difficultés organisationnelles ». Mais il a refusé de prendre une décision que beaucoup appellent de leurs vœux, celle de limiter l’accès aux tests (ou en tout cas leur gratuité) aux personnes bénéficiant d’une ordonnance, afin de désengorger les laboratoires. Comme l’avait déjà annoncé Jean Castex dans son allocution de vendredi dernier, le gouvernement a préféré mettre en place une « doctrine de priorisation » selon laquelle sont prioritaires (dans cet ordre) « les personnes symptomatiques, les soignants, les aides à domicile et les cas contacts ». Souhaitant tout de suite éviter une extension indéfinie de cette liste, le ministre de la Santé a rappelé que « les cas contacts des cas contacts ne sont pas des cas contacts ».

Pour assurer un traitement plus rapide des personnes prioritaires, certains laboratoires ont donc commencé à leur réserver certains horaires. Des centres de prélèvement réservés aux prioritaires vont également très bientôt (sic) mis en place. Une vingtaine de ces centres seront ouverts en Ile-de-France dans les prochains jours et pourront réaliser chacun 500 tests quotidiennement. L’objectif affiché de la direction générale de la Santé (DGS) est de permettre aux sujets prioritaires d’obtenir un résultat en moins de 48 heures.

Payer pour être prioritaire, une pratique illégale

Le ministre a par ailleurs appelé les personnes non prioritaires à ne pas trop se faire tester. « Il ne sert à rien de se faire tester trop souvent, le test n’est pas un geste barrière ».

Pour augmenter les capacités de dépistage, Olivier Véran a également annoncé l’utilisation très prochaine de tests antigéniques et de tests salivaires, aux résultats plus rapides pour les premiers et plus faciles à pratiquer pour les seconds et déjà utilisés dans de nombreux pays dans le monde. On le voit, le gouvernement tente en réalité de concilier deux politiques en partie contradictoires : maintenir la cohérence et l’efficacité de la politique de dépistage tout en assurant un accès gratuit au dépistage pour tous.

Certains laboratoires peu scrupuleux entendraient en tout cas profiter de cette situation. Plusieurs laboratoires de la région parisienne offriraient l’assurance d’un résultat en moins de 48 heures contre une centaine d’euros. Sont notamment visés les personnes qui ont besoin d’un test pour prendre l’avion.

Interrogée sur Europe 1 à ce sujet, Olivier Véran a dénoncé une pratique « illégale » qu’il « condamne avec fermeté ». Face à la polémique, le directeur d’un des laboratoires incriminés a annoncé mettre fin à cette pratique.

QH

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Vos réactions (10)

  • Fiasco en général...

    Le 18 septembre 2020

    ...dans la santé comme ailleurs,comme tout le quinquennat!

    Dr Henri Baspeyre

  • Place des laboratoires vétérinaires

    Le 18 septembre 2020

    Une question reste lancinante : pourquoi ne pas utiliser les laboratoire publics, et notamment les laboratoires vétérinaires publics ? Ce sujet parait tabou et, à ce jour, je n'ai pas encore reçu de réponse convaincante. Qu'on ne me dise pas que c'est parce que les laboratoires vétérinaires sont incompétents ou qu'il y a des risques de contamination des prélèvements. C'est faux. Qu'on ne me dise pas non plus que c'est un problème de réglementation administrative : un règlement, ça se change quand on veut le changer (si vraiment on le veut...). Je n'ose pas imaginer qu'il pourrait s'agir d'un corporatisme médical (et par là-même financier) excluant alors toute autre solution que celle des laboratoires médicaux stricto sensu. A cet égard, François Blanchecotte président du Syndicat national des biologistes médicaux (SNBM), précise "qu’aujourd’hui plus de 90 % des tests sont réalisés dans le privé" et dans le journal le Parisien, Daniel Rosenweg écrit « depuis la réforme de 2013, […] le secteur est en pleine mutation. Beaucoup de petits laboratoires ont dû se vendre à [des fonds d'investissement] ou à des groupements. […] Les six premiers groupes possèdent 60% des sites de prélèvements et d'analyse ». Ces constations ne devraient elles pas amener quelques réflexions ou au moins quelques réponses à la question initiale ?

    Dr Gilbert Bouteiller

  • Encore ?

    Le 19 septembre 2020

    Chaque étape de la gestion de la crise aura fait l'objet d'un fiasco.
    Comment ne pas s'étonner de la défiance des gens?

    Dr A. Muller

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