Pratique avancée infirmière : le gouvernement appelé de toutes parts à revoir sa copie

Paris, le vendredi 9 mars 2018 – La concertation en vue de la publication d’un décret visant à créer le statut d’infirmier clinicien et d’instaurer les pratiques avancées infirmières dans notre pays s’est ouverte hier.

Le texte, partiellement dévoilé, avait déjà provoqué l’ire du SNIIL (Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux), qui y voyait une réforme au rabais faisant fi de l’autonomie infirmière, quand l’UFML (Union Française pour une Médecine Libre) dénonçait un nouveau moyen « d’éparpiller la médecine générale façon puzzle ».

De nouvelles réactions syndicales et ordinales se sont fait connaître ces dernières 24 heures qui ne détonnent pas avec les premières !

Trop ?

Après avoir dénoncé « une concertation de façade », la CSMF (Confédération des Syndicats Médicaux Français) fustige des dispositions qui « remettent en cause le parcours de soins et le rôle même du médecin traitant ». A ce titre, le syndicat prévient que « la liste des actes et prescriptions autorisés aux infirmiers en pratique avancée doit être entièrement revue après avis des conseils nationaux professionnels concernés » si le gouvernement ne veut pas être confronté à  « un conflit dur ».

Pas assez ?

Au contraire, les syndicats d’infirmiers craignent que la montagne n’accouche d’une souris. Ainsi, le syndicat Convergence Infirmière met en garde le ministre de la santé contre les « sirènes chantantes » des syndicats de médecins libéraux et appelle à une évolution du texte, en particulier pour que soit remplacé le mot ″entretien″ par celui de ″consultation″, mais aussi pour que ne soit pas restreint « le domaine d’intervention à quelques pathologies chroniques stabilisées, ni aux seules personnes âgées ».

La CNI (Coordination Nationale Infirmière) met elle l’accent sur le peu de cas qui est fait de la recherche en soins infirmier « alors que depuis quelques années la recherche clinique infirmière se développe, (…) l’initiative de la recherche par l’infirmier est totalement obérée, la terminologie des sciences infirmières est elle aussi, inexistante ».

A l’Ordre infirmier de résumer l’état d’esprit de la profession « le projet de décret d’application présenté par le Ministère de la Santé fait preuve d’une approche particulièrement restrictive et dénuée d’ambition ».

A côté ?

Ni excessif, ni insuffisant, pour MG France le projet est inopérant.  Ainsi, le syndicat de généralistes considère qu’il « ne met à aucun moment en avant les notions d’équipes de soins de proximité, de collaborations que vivent les médecins et les infirmiers sur le terrain. Il crée un étage de soins indépendants, sans cadre de coopération par les équipes de soins ». De ce fait, le projet ne répondrait « ni à la problématique de la pertinence des soins (…) ni à l’amélioration de l’accès aux soins ». Le syndicat prévient enfin qu’il ne « soutiendra pas un projet de décret qui ne balise pas avec précisions le cadre de l’exercice des IPA et met ainsi en danger l’exercice coordonné de proximité et, à terme, le fonctionnement de notre système de santé ».

Même son de cloche pour le SML (Syndicat des médecins libéraux), pour qui cette concertation constitue même une « diversion (…) au moment où débutent avec une extrême lenteur les négociations interprofessionnelles de l’accord-cadre interprofessionnel (ACIP) ».

Frédéric Haroche

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Vos réactions (6)

  • Incapacité Permanente (à) Avancer

    Le 09 mars 2018

    Une nouvelle désillusion a frappé hier le monde infirmier parisien. Le projet de décret IPA présenté par le ministère aux organisations ordinales et syndicales a fait hurler de mécontentement.

    Pourtant fort de 239907 adhérents revendiqués l'ordre infirmier n'aura pas réussi à empêcher une nouvelle claque infligée à la profession.

    Elisabeth Moisson

  • Discutons intelligemment de leur statut

    Le 09 mars 2018

    Tout le monde sait qu'il y a urgence: médecin retraité, je n'arrive plus à trouver un confrère disponible pour me recevoir. Je suis obligé de faire jouer "mes relations"... Je ne sais comment répondre à mes amis qui se voient refuser d'être pris en charge par des généralistes qui sont tous débordés et encore moins pas des spécialistes qui donnent des rendez-vous entre 6 et 12 mois.
    << En cas d'urgence allez à l'hôpital disent les secrétaires>>.
    Nos confrères veulent faire de la médecine mais ne veulent plus soigner. Chez les infirmières il y a une pépinière de jeunes qui voudraient soigner davantage. Elles ne sont pas sottes, loin de là. Simplement, elle n'ont pas réussi la sélection stupide de la première année de médecine ou ont manqué de moyen.Préoccupons nous plutôt de les aider à se mettre à niveau pour effectuer de vraies consultation comme collaboratrices de médecins et discutons intelligemment de leur statut.
    Dans 2 ou 3 ans nous aurons, comme par hasard, résolu le problème de la disponibilité des médecins débordés.

    Dr Daniel Henry

  • La mort de la médecine générale

    Le 09 mars 2018

    Je n'ai pas choisi d'être médecin généraliste pour voir mes missions enlevées au profit des infirmières. On veut nous enlever des actes de soins alors qu'on réclame une simplification administrative.
    Imaginez un cadre dans une entreprise privée dont on enlèverait progressivement ses fonctions, cela correspondrait à une mise au placard, une forme de harcèlement moral.

    Dr Patrick Fontaine

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