Psychiatrie : la psychanalyse a-t-elle encore une place ?

Interview du Dr Luc Faucher, chef de service, Institut Hospitalier de Psychanalyse, CH Sainte Anne, Paris

Deux éditoriaux, publiés dans le Canadian Journal of Psychiatry (1 et 2), qui pointaient l’incongruité de maintenir la psychanalyse dans le champ de la psychiatrie, avaient été vivement commentés et discutés par nos lecteurs.

Pour poursuivre le débat, le JIM s’est entretenu avec le docteur Luc Faucher qui est psychanalyste mais aussi psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, un des centres où s’est le plus développé la vision neurobiologique des troubles mentaux.

De la confrontation des « sciences dures » avec la psychanalyse jusqu’aux intenses polémiques sur la prise en charge de l’autisme, nous avons tenté, avec lui, d’esquisser les contours de la place actuelle de cette discipline, autant mis au pinacle par le passé que controversé aujourd’hui, dans une psychiatrie de plus en plus dominée par les neurosciences.

 

1. Ravitz P: Contemporary psychiatry, psychoanalysis and psychotherapy. The Canadian Journal of Psychiatry 2017; 62: 304–307.

2. Paris J: Is psychoanalysis still relevant to psychiatry ?. The Canadian Journal of Psychiatry 2017; 62: 308–312.

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Vos réactions (6)

  • Concernant Freud et le traitement des psychoses

    Le 09 octobre 2017

    Il est absolument faux de dire que Freud, à la fin de sa vie, a changé son point de vue sur la psychose. Dans son tout dernier livre, il écrit que le travail psychanalytique suppose que le moi ait conservé une certaine dose de cohérence et de compréhension de la réalité. Il conclut: “il nous faut renoncer à essayer sur le psychotique notre projet de guérison” (“Abrégé de psychanalyse” (1940). Œuvres complètes, PUF, XX p. 266).

    Jacques Van Rillaer

  • Utilité de la Psychalayse ?

    Le 10 octobre 2017

    Oh encore ce marronnier ?
    Et quand l'Utilité du Jim ?
    Surtout quand on voit le niveau ou des interventions ou des références...


    Dr S. Scapa, ex Praticien Hospitalier, En retraite (ouf..)

  • La guerre des psy

    Le 10 octobre 2017

    La psychanalyse a été désavouée en 2010 par la Haute Autorité de Santé pour sa fausse prétention à pouvoir soigner l’autisme ! Elle a fait l’objet d’un rapport de l’INSERM en 2004 qui démontre qu’elle est sans efficacité sur le plan thérapeutique. En 1980, toutes les références freudiennes ont été retirées du DSM III pour leur absence de scientificité.

    Dans les meilleures universités nord-américaines, on n’enseigne plus la psychanalyse dans les départements de psychologie (Harvard, Stanford, État de Pennsylvanie, Yale, Wisconsin, Oxford, etc.). On y enseigne les TCC, la psychologie du développement, et autres disciplines validées : http://www.nytimes.com/2007/11/25/weekinreview/25cohen.html.

    Ainsi, la psychanalyse n’est pas fiable et il convient de rappeler qu’elle est très souvent source d’effets de détérioration : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2574.

    La majorité des erreurs judiciaires impliquent presque systématiquement un expert psy de cette pratique (Outreau, affaire Derochette, mode de résidence des enfants du divorce dans le cadre de la justice familiale, placement abusif d'enfants, autisme, etc.). De ces effets de détérioration de la psychanalyse, découle d'innombrables suicides.

    Les associations dites de pères les évalus à entre 1000 et 1500 [1] par an alors que 20% des enfant du divorce perdent tout lien avec leurs enfants.

    [1] Travaux préparatoires à l’élaboration du Plan Violence et Santé en application de la loi relative à la politique de santé publique du 9 août 2004 (Docteur Anne Tursz - Mai 2005 - approuvé le Ministère de la Santé et des Solidarités - voir la page 71 entre autres) : https://static.mediapart.fr/files/2017/09/05/plan-violence-sante2005.pdf

    La psychanalyse n'a pas plus d'efficacité que celle du bavardage. Parler à son chat, son chien, sa vache ou ses moutons procure la même efficacité que la psychanalyse. C'était l'avis de Lacan et notamment celui du neurobiologiste et neuropsychiatre Jean-Didier Vincent qui témoigne dans un de ses bouquins : « J’ai été psychanalysé – je le raconte toujours – par un vieux chimpanzé toute noire parce que j’étais inscrit chez Marie Bonaparte et puis elle est morte. Alors, comme je travaillais à la Salpêtrière, tous les mardis, j’avais une séance d’analyse avec ce vieux chimpanzé qui avait une écoute absolument extraordinaire. Ça ne me coûtait qu’un paquet de cacahuètes et je m’en suis très bien tiré mais j’ai gardé, si vous voulez, cette attraction pour les singes. ». Je vous invite à suivre ce lien (début à 11 minutes et 29 secondes):
    https://www.youtube.com/watch?v=xA7nErVUwI0&feature=youtu.be&t=689

    Le bilan du freudisme est mince, pour ne pas dire négatif, car la facilité de tout expliquer (via l'Inconscient, les résistances, etc.) a freiné bien des recherches. Un de ses principaux apports de Freud a été le développement de la psychothérapie à domicile. A son époque la majorité des médecins qui s’occupaient de problèmes psys le faisaient dans le cadre de l’hôpital. Freud a facilité l’abord de questions sexuelles, mais n’a pas fait de découvertes essentielles en ce domaine.

    Concernant l’efficacité de sa méthode : il ne faisait pas beaucoup mieux que des contemporains (Janet, Dubois, Forel et al.). Avec le temps, il a d’ailleurs été de plus en plus déçu de sa propre efficacité. Voir à ce sujet : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2367

    Quant à Lacan, son « apport » a été de masquer la facilité de la pratique freudienne par une théorisation verbeuse et une érudition éblouissante. A propos de la facilité de la pratique freudienne, voir :
    https://blogs.mediapart.fr/jacques-van-rillaer/blog/110617/psychanalyste-un-job-facile-pas-complique

    Longtemps au firmament, la psychanalyse semble être de plus en plus décriée… La synthèse de deux publications dans The Canadian Journal of Psychiatry sur ce qui reste de la psychanalyse en psychiatrie n’aura pas manqué de provoquer la controverse…

    A l'Assemblée Nationale, le 5 avril 2016, le député PS Gwendal Rouillard, associant son collègue, le député LR Daniel Fasquelle, adresse une question à Ségolène Neuville. Il lui demande d'abandonner définitivement les impostures morale, médicale, éthique et intellectuelle de l'approche psychanalytique vis à vis de l'autisme, et la pratique maltraitante du packing que continuent pourtant de préconiser certains psychanalystes et pédopsychiatres de cette obédience (autoproclamés scientifiques)...

    Applaudissements nourris entre les députés : PS et LR réunis.

    Au Sénat, le 20 novembre 2012, lors d’une audience sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, le député Bernard Accoyer déclare : « En toile de fond se joue un combat entre psychiatres de tendance analytique et psychiatres de tendance cognitivo-comportementaliste. ».

    Au final, tout le monde sait... qu’il existe une guerre des « psy » : la psychanalyse contre la psychologie scientifique (psychologie du développement et TCC) et que la psychanalyse est obsolète.

    Cependant, les psychologues, les psychiatres et les pédopsychiatres sont en majorité d’obédience psychanalytique puisque le programme de formation des universités de psychologie continue de reposer essentiellement sur cette doctrine sans chercher à se remettre en question. En ce sens, la psychiatrie essuie les pots cassés.

    Pierre Laroche

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