Régimes spéciaux de retraite : les blouses blanches à leur tour dans la rue

Paris, le lundi 16 septembre 2019 – Ils attendent une mobilisation aussi impressionnante que celle vendredi des agents de la RATP. Une quinzaine de syndicats et d’associations représentant des professions libérales appellent aujourd’hui à la grève et à la manifestation. La fronde a été lancée par les avocats et est soutenue par le Conseil national des barreaux. Aussi, une forte participation est-elle attendue au sein de cette profession : les annonces de report de plaidoirie ont déjà été très nombreuses. Mais les avocats verront également défiler à leur côté certains professionnels de santé : des médecins (Fédération des médecins de France, Union française pour une médecine libre et l’Union des chirurgiens de France et médecins spécialistes libéraux), des infirmières (Convergence infirmière et l’Union nationale des infirmiers diplômés d’État libéraux), des masseurs kinésithérapeutes (syndicats ACK et Alizée).

Colère

Ces professions libérales, réunies au sein du collectif SOS retraite, éprouvent la même hantise : voir disparaître leurs caisses autonomes. Ce refus est un mélange de colère et de peur. Colère parce que la plupart des caisses autonomes de retraite des professions libérales ont bénéficié d’une gestion "vertueuse" qui leur permet aujourd’hui de disposer de réserves garantissant le paiement des pensions pendant plusieurs décennies. Or, une réelle menace pèse sur ces réserves. Colère également parce qu’aucune réelle concertation n’a pour l’heure été menée : les représentants du gouvernement se sont principalement contentés de présenter leur réforme, en évoquant la possibilité de périodes de transition, mais sans entendre les doléances des professions libérales. En outre, des incertitudes demeurent sur de nombreux points : aucune projection solide quant à l’évolution des cotisations et des pensions n’a été présentée aux médecins ou aux avocats.

Peur

Cette ire s’accompagne d’une inquiétude qui concerne autant l’avenir du montant des cotisations et des pensions que celui du modèle libéral. Les nouveaux critères qui pourraient s’imposer avec un régime universel devraient inévitablement conduire soit à une flambée des cotisations, soit à une diminution des pensions, tandis que le doute plane sur les avantages conventionnels de certaines professions (notamment les médecins de secteur 1). Ainsi selon l’Union nationale des professions libérales (UNAPL), un régime universel pour les médecins, les dentistes et les pharmaciens entraînerait probablement une baisse des cotisations, mais également des pensions. Pour les sages-femmes et les auxiliaires médicaux, la situation inverse devrait s’observer avec une augmentation des cotisations, mais également une hausse des pensions. D’une manière générale « Certains libéraux verraient leurs cotisations presque doubler, d’autres constateraient la réduction de leurs pensions. Même si une phase de transition plus ou moins longue est prévue, les conséquences in fine seront bien présentes » avait affirmé l’UNAPL. Cette évolution pourrait être perçue comme un inconvénient supplémentaire de l’exercice paramédical et médical libéral, alors que ce mode d’exercice peine à séduire et qu’il est pourtant un rouage essentiel de la permanence et de l’organisation des soins. Enfin, les professionnels de santé craignent à l’instar des avocats que les réserves que leurs caisses ont constitué ne soit "captées" par le régime général, ce qui constitue à leurs yeux une injustice certaine.

De nombreuses bonnes raisons de manifester

Autant de raisons qui jettent aujourd’hui les professions libérales dans la rue : une grande manifestation est prévue à partir de 13h à l’Opéra. « Il n’y a aucune raison valable de ne pas s’y rendre. Cette réforme est dangereuse pour nos professions et après 8 mois de parodie de négociations, il n’est plus temps de rajouter du ridicule à l’acceptation. (…) Nos caisses sont autonomes, c’est à dire indépendantes et sans participation de l’État.(…) Ce sont des structures qui ont tourné le dos à la facilité qui prévalait il y a quelques années, pour une gestion sérieuse et vertueuse, là où l’État n’a montré à ce jour que clientélisme ou incapacité à prévoir l’avenir. (…) J’irai m’opposer à l’étatisation du système de retraites, système où l’État définira les capacités contributives et la hauteur des niveaux de retraites par une variabilité possible du point en fonction des nécessités économiques du moment. La réforme des retraites menace dans son existence même le modèle d’exercice libéral de la médecine. Elle augmentera la durée de l’exercice du fait de l’entrée tardive dans celui-ci, diminuera les pensions, effacera la solidarité professionnelle (…) La réforme des retraites vient porter un coup fatal à la lente démolition de notre métier » explique aujourd’hui le patron de l’UFML, le docteur Jérôme Marty sur le site du syndicat, qui est un des premiers parmi les professionnels de santé libéraux à s’être mobilisé contre le projet de réforme.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Exaspérant

    Le 16 septembre 2019

    La langue de bois des députés Macronistes chargés de défendre cette réforme sur les chaines télé, avec un discours stalinien, monocorde, est exaspérante.

    les députés stalino macronistes chargés de répéter le même message à longueur de chaines télé : vous n'avez rien compris, vous caricaturez, il faut harmoniser, rien n'est décidé montre bien que les godillots avancent derrière un écran de fumée.

    Dr Christian Roget

  • Mépris

    Le 16 septembre 2019

    Le gouvernement a autant de mépris pour ses vieux travailleurs que pour les enfants à naître.

    Dr Isabelle Gautier

Réagir à cet article