Vers une psychiatrie culturellement customisée ?

Dans un monde globalisé, explique une équipe de Nouvelle-Zélande, les cultures autochtones sont attaquées et les individus perdent leurs repères culturels (en particulier la langue et les traditions de leur communauté). Parallèlement à ce déclin identitaire, on constate des niveaux très élevés de détresse, d’addictions et de troubles mentaux. Mais ces problèmes sont le plus souvent abordés avec l’unique approche occidentale (celle du DSM) où les psychiatres évoquent des diagnostics comme « trouble de stress post-traumatique », « dépression », « psychose », etc. Or ces termes masquent la dynamique sociale, culturelle et économique dans le contexte de ces souffrances.

Pour tenir compte de cette dimension communautaire, le MGMH (Movement for Global Mental Health, Mouvement pour la Santé Mentale Mondiale)[1] propose d’actualiser les données générales de la psychiatrie occidentale à la lumière des particularismes culturels. Dans un article de la revue Transcultural Psychiatry, la psychiatre Diana Maree Kopua et son mari (artiste et historien) Mark Kopua[2] (eux-mêmes d’origine māorie) présentent des applications de cette méthode à la culture maorie. Complément ou/et alternative à la psychiatrie occidentale, cette technique appelée Mahi a Atua est une intervention thérapeutique maorie utilisant le purakau (récit et partage d’histoires) des atua (les dieux māoris ancestraux) pour permettre aux Maoris de mieux connaître et réinvestir leur patrimoine culturel, tout en recadrant « leurs propres sentiments et actions » dans le contexte « des attributs, épreuves et tribulations des taongas » (les ancêtres).

En redonnant du sens à certaines histoires de vie, cette adaptation des thérapies en fonction du terreau culturel serait un gage de leur meilleure efficacité. En d’autres termes, cette customisation de la psychiatrie serait une bonne réponse à la sécheresse (volontiers contreproductive) de sa standardisation. 

Dr Alain Cohen

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • Et si l'erreur fondamentale était précisément le DSM ?

    Le 16 octobre 2020

    Les seuls concepts psychiques vraiment "transculturels" sont ceux de la psychanalyse.
    "Totem et Tabou" de Freud, élaboré à partir des travaux de l'ethnologue Frazer à partir de son œuvre "Le rameau d'or", n'a pas pris une ride pour le médecin voyageur qui veut bien tendre l'oreille ouvrir les yeux, et auquel "l'indigène" fait l'honneur de faire des confidences.

    Dr YD

  • Un peu plus d'humilité

    Le 17 octobre 2020

    Humanitaire dans la santé mentale depuis vingt ans au contact de nombreuses cultures, j'ai pu constater les dégâts des DSM. Des modèles ont été développés depuis une dizaine d'années par plusieurs organisations internationales pour utiliser les médecines traditionnelles, face notamment aux catastrophes naturelles. Il a fallu 40 ans de désastres et de conflits pour commencer à développer une santé mentale respectueuse des cultures autres qu'occidentales. J'espère que notre crise actuelle va nous donner un peu plus d'humilité...

    Claire Colliard

  • Ne découvrons pas ce qui existe

    Le 19 octobre 2020

    D'accord avec le Dr YD. J'ajouterais que l'Ethnopsychiatrie Française (et Canadienne) n'a pas attendu les publications actuelles de Nouvelle Zélande. Collomb et l'Ecole de Dakar ont mis en évidence et travaillé à soigner avec l'aide de "guérisseurs" Africains depuis les années 60 !

    Ne découvrons pas ce qui existe. Les publications en nombre en sont la preuve. Evidement leur enrichissement doit continuer.

    Dr Lucien Duclaud

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article