Attention aux interactions entre médicaments, compléments alimentaires et phytothérapie !

La consommation de compléments alimentaires et produits à base de plantes est en augmentation dans les pays occidentaux, y compris parmi les patients hospitalisés. Dans certains cas, les médecins ignorent que leurs patients prennent de tels produits.

Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires et produits de phytothérapie ne sont pas règlementés par les autorités de santé, mais ils peuvent pourtant être à l’origine d’interactions médicamenteuses potentiellement dangereuses. Par exemple, le millepertuis une plante utilisée pour les troubles de l’humeur, est bien connu pour entraîner des interactions avec de nombreux médicaments à faible marge thérapeutique. De même, les compléments d’omega-3 issus d’huile de poisson peuvent potentialiser les effets antiplaquettaires lorsqu’ils sont associés à des antithrombotiques.

Une équipe de chercheurs israélienne s’est intéressée aux évènements indésirables causés par des interactions médicamenteuses associées à ces produits chez 947 patients hospitalisés. La relation de causalité entre l’évènement et l’interaction avec un complément alimentaire ou produit de phytothérapie était déterminée à partir d’une échelle de probabilité et de l’évaluation de 3 spécialistes.

Un évènement indésirable chez 4 % des consommateurs

L’étude a recensé 89 compléments alimentaires ou produits de phytothérapie différents ayant été consommés par la moitié des patients au cours de l’année précédente, soit une moyenne de 2,1 produits par patient. Cette consommation était majoritaire chez les femmes, de 61 ans en moyenne. 

Un évènement indésirable possiblement lié à une interaction médicamenteuse a été constaté chez près de 4 % des consommateurs de ces produits, et s’est avéré être à l’origine de près de 2 % des hospitalisations.

Des interactions médicamenteuses à l’origine d’une hospitalisation sur 55

Parmi les 25 interactions décrites chez ces patients, la relation de causalité avec l’évènement indésirable était considérée comme « probable » pour 14 et « possible » pour 11 d’entre elles. L’évènement indésirable le plus sévère impliquait une interaction entre la méthadone et la sauge, aux probables propriétés d’inhibition du cytochrome CYP 2D6. Parmi les autres interactions probables, étaient suspectées : digoxine avec thé vert, clopidogrel avec curcuma, aspirine avec graines de lin et omega 3 d’huile de poisson, et lévothyroxine avec calcium et fer.

Ces interactions étaient significativement plus fréquentes chez les patients plus âgés, avec des comorbidités ophtalmologiques et gastro-intestinales, et chez ceux ayant consommé davantage de compléments alimentaires ou produits de phytothérapie et de médicaments.

L’étude révèle qu’une hospitalisation sur 55 pourrait être la conséquence d’un évènement indésirable lié à une interaction entre un médicament et un complément alimentaire ou produit de phytothérapie. Bien que l’imputabilité de ces interactions soit difficile à affirmer avec certitude, ces résultats devraient encourager les médecins à interroger les patients quant à leur utilisation éventuelle de ce type de produits, et mentionner toute consommation dans leur dossier médical. En cas de suspicion d’une telle interaction médicamenteuse, un signalement auprès du centre de pharmacovigilance devrait être fait.

Dr Natacha Marpillat

Référence
Levy I et coll. : Adverse Events associated with Interactions with Dietary and Herbal Supplements among Inpatients. Br J Clin Pharmacol., 2016 : Publication avancée en ligne le 19 octobre. doi: 10.1111/bcp.13158.

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Vos réactions (2)

  • Questions de réglementation sur les compléments alimentaires

    Le 10 novembre 2016

    Article très intéressant mais ne pas généraliser pour autant car la réglementation des compléments alimentaires en France est différente de la réglementation en Israel où les doses de plantes et autres ingrédients autorisés y sont beaucoup plus élevées...
    Difficile d'en tirer des conclusions évidentes en France.

    Michel de Sarrieu

  • Hippocrate...

    Le 22 novembre 2016

    La règlementation en France et les normes européennes sont rigoureuses quand aux compléments et suppléments alimentaires et effectivement différentes d'Israël.
    Et si l'on prenait ces compléments alimentaires en prévention, vu la pauvreté nutritive des aliments actuels et les pesticides et autres ajouts toxiques...cela éviterait la maladie...donc de prendre des traitements, chimiques avec toutes les toxicités que cela amène au corps.
    Certes, il faut se soigner qd on est malade...mais comme le disait Hippocrate : "Que ton aliment soit ton médicament"...Mangeons donc bien et supplémentons notre alimentation, pouvant ainsi, éviter d'être malade...

    Nathalie Cogitore

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