Ebola : quid d'une transmission par voie respiratoire et/ou aéroportée du virus ?

Paris, le mardi 21 octobre 2014 - « C’est un scénario cauchemardesque et peu probable, mais qui ne peut pas être exclu » assène Anthony Banbury, chef de la mission dédiée à Ebola au sein de l’ONU qui s’exprimait récemment sur la question de la possible transmission aérienne du virus dans les colonnes du Telegraph. La question d’un tel mode de transmission du virus Ebola a été soulevée depuis plusieurs années, bien avant l’épidémie ravageuse actuelle que connaît l’Afrique de l’Ouest. Directeur du Centre pour la recherche sur les maladies infectieuses à l’Université du Minnesota, Michaël Osterholm qui estime « réel » le risque le virus devienne contagieux par voie aérienne aime ainsi à citer l’observation faite dans un laboratoire en 1989. Lors d’une faute de manipulation, le virus avait apparemment contaminé par voie aérienne deux singes. Les chercheurs avaient cependant été épargnés, ce qui avait poussé à mettre en avant l’environnement artificiel du laboratoire pour expliquer ces infections. Cette constatation n’en demeurait pas moins inquiétante sur les capacités mal connues du virus Ebola. Autre élément nourrissant les inquiétudes de ceux qui redoutent une transmission par voie aérienne du virus : les probabilités d'une mutation sont aujourd’hui fortement augmentées. « Plus longtemps, le virus se transmet parmi des hôtes humains dans le virulent melting pot de l’Afrique de l’ouest, plus il y a de chances de mutation » explicite Anthony Banbury.

Ebola n’a pas besoin de ça pour être une arme mortelle

Une grande majorité de spécialistes du virus Ebola considèrent cependant que la probabilité d’une mutation offrant au virus la possibilité de se transmettre dans par voie aérienne demeure extrêmement faible. Récemment, la revue Nature, sur la base de l’expertise de nombreux chercheurs estimait même une telle évolution « hautement improbable ». Principale raison : le virus Ebola ne nécessite pas un tel changement pour se montrer déjà fortement redoutable. « Sa méthode de transmission est déjà terriblement efficace » remarque ainsi William Schaffner, expert en maladies infectieuses à l’université de Vanderbilt qui remarque encore qu’aucune mutation aussi radicale n’a été observée jusqu’alors en virologie. Il ajoute que jusqu’à aujourd’hui, l’hypothèse d’un tel mode de transmission n’a jamais eu besoin d’être invoquée pour expliquer certaines contaminations. « Tout ce qui se passe maintenant peut être facilement expliqué par des transmissions de personne à personne, via un contact corporel. Nous n’avons pas besoin d’évoquer quoi que ce soit d’autre », conclue le spécialiste.

La gouttelette qui fait déborder le risque…

Si une transmission « aérienne » directe, par simple voie respiratoire, semble donc quasiment exclue, un contact corporel pourrait cependant ne pas être toujours nécessaire. Le virus Ebola « peut être projeté jusqu’à un à deux mètres de distance, sous forme de minuscules gouttelettes de salive lors de toux ou d’éternuements. A condition d’atterrir sur une muqueuse, par exemple le coin de l’œil ou les narines, puisqu’il ne peut pas pénétrer une peau saine. On parle là de transmission « gouttelettes ». Les proches des patients peuvent aussi être infectés après contact avec la sueur d’un malade en phase terminale en cas de lésion cutanée, et surtout par contamination muqueuse indirecte (contact de la muqueuse nasale ou oculaire avec les mains) » détaille le professeur Elisabeth Bouvet, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat dans les colonnes des Echos.

Exercice grandeur nature

Voici des éléments qui une fois encore rappellent l’importance pour les professionnels de santé d’une connaissance parfaite des modes de transmission du virus et d’une maîtrise absolue des protocoles de protection et de sécurité. Pour satisfaire ces exigences, à Dallas, où deux soignants ont été contaminés après la prise en charge d’un patient libérien, un nouveau protocole a été mis en place.

En France, également, la préparation gagne en intensité, avec la réalisation dans une semaine, d’un exercice d’entraînement grandeur nature, comme l’a annoncé hier le ministre de la Santé. Par ailleurs, si les services des Samu semblent dores et déjà suffisamment sensibilisés, un effort d’information supplémentaire devrait être fait auprès des agents de toutes les autres unités, comme l’indique le professeur Pierre Carli, qui dirige les équipes du Samu de Paris.

Vaccin : le Canada sur les rangs

Soulignons enfin qu’outre cette préparation de l’ensemble des équipes, la lutte contre l’épidémie d’Ebola est également toujours fortement active au sein des laboratoires. Ainsi, après plusieurs années de recherches sur les souches du virus Ebola au sein du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, le Canada est aujourd’hui en mesure de fournir 800 doses d’un vaccin expérimental à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tandis qu’un essai clinique va être lancé très prochainement aux Etats-Unis dont les premiers résultats seront connus en décembre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Oubli !

    Le 29 octobre 2014

    Il semble que tout le monde a oublié les gouttelettes de Pflügge !

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