JIM d'Or 2010

L’année médicale 2010 aura été marquée par deux grands types d’avancées. Celles qui sont le prolongement naturel des progrès de la biologie et de leurs applications pharmacologiques et celles qui, bien qu’elles ne doivent rien à la technologie ou à la génétique, pourront pourtant modifier, dès aujourd’hui, la prise en charge de nos patients.

Les premières trustent les Jim d’or 2010. Elles viennent comme les années précédentes (voir Jim d’Or 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009) saluer des innovations diagnostiques ou thérapeutiques qui amélioreront sans doute notre pratique à moyen et long terme. Dans le domaine du diagnostic signalons les Jim d’Or d’Anatomopathologie (La recherche de mutation de proto-oncogènes dans les nodules thyroïdiens améliore la pertinence diagnostique de la cytologie), de Biologie (Un test rapide pour détecter la tuberculose) et de Gynécologie (Peut-être un nouveau marqueur pour le diagnostic et le pronostic du cancer de l’ovaire). Sur le versant thérapeutique, le fait que la thérapie génique ne remporte qu’un seul Jim d’Or cette année (en génétique bien sûr, Thérapie génique de la bêta thalassémie : un succès, des espoirs), contre 4 en 2009, n’est dû paradoxalement qu’à la « banalisation » des succès des protocoles de correction de mutations génétiques. Six autres Jim d’Or ont été décernés à des thérapeutiques directement basées sur la compréhension des mécanismes biologiques intimes de certaines affections : en Cancérologie (Cancer du poumon non à petites cellules : un nouveau traitement ciblé efficace), Dermatologie (Mélanome malin métastatique : quelques mois de plus… et beaucoup d’espoir avec l’ipilimumab), Médecine interne (Angio-œdème héréditaire : la prise en charge se diversifie), Neurologie (Fingolimod, bientôt dans la sclérose en plaques), Ophtalmologie (Pour le traitement de la DMLA, l’avantage serait à l’outsider) ou Rhumatologie (Une nouvelle classe thérapeutique pour la PR : les inhibiteurs de la tyrosine kinase splénique). Pour cette dernière spécialité nous avons innové cette année puisque ce sont les rhumatologues inscrits à notre site qui ont désigné le Jim d’Or 2010 dans leur discipline. Nous détaillerons le palmarès de nos lecteurs dans notre newsletter de rhumatologie. 

Mais le cru 2010 des Jim d’Or est également dominé par des publications aux conséquences plus immédiates et universelles et qui doivent plus à la créativité de leurs auteurs qu’aux progrès biologiques ou technologiques. Les Jim d’Or d’Allergologie, de Pédiatrie, d’Anesthésie-Réanimation sur des bases statistiques solides, remettent en cause des dogmes qui ont bercé nos études puisqu’ils réhabilitent la diversification alimentaire des nourrissons (Retard à la diversification alimentaire dans la prévention de l’eczéma : PIPO), innocentent le grignotage (Prise de poids chez l’adolescent : vers une réhabilitation du grignotage ?) ou surtout nous font réévaluer 50 ans de pratique de la réanimation cardio-pulmonaire (Arrêt cardiaque : plus de bouche à bouche ?). D’application plus quotidienne, le Jim d’Or de Médecine générale devrait faire évoluer la prise en charge de l’HTA, qui après avoir été la chasse gardée des spécialistes, puis le domaine de l’omnipraticien pourrait devenir une affection autocontrôlée par les patients, au même titre que le diabète (Auto-prise en charge de l’HTA : possible…et efficace !).

Quant au Jim d’Or de cardiologie, qui salue une méthode de « sauvetage myocardique » à la fois simple, gratuite et utilisable par tous et en tous lieux, il rend un peu nostalgique d’une époque où les progrès dans cette spécialité n’étaient pas encore dominés par les prouesses technologiques (Infarctus : faut-il gonfler le brassard avant le ballon ?). 

Il en est de même du Jim d’Or des Jim d’Or décerné cette année à Peter M Rothwell. Sur des bases statistiques robustes, ce professeur de neurologie à Oxford, nous propose en effet, comme arme préventive contre le cancer, une molécule aussi ancienne que peu coûteuse, l’aspirine à petites doses (Prévention du cancer : vers une révolution aspirine ?). Si ces résultats étaient confirmés, le fondateur de la Stroke Prevention Research Unit aurait ainsi autant contribué à la lutte contre le cancer en 2010 que l’ensemble de la communauté oncologique internationale. Signalons que Peter Rothwell avait également été « nominé » pour un second Jim d’Or cette année puisqu’il a pu également mettre en évidence l’importance de la variabilité tensionnelle comme marqueur de risque vasculaire (Vers une révolution copernicienne dans la prise en charge de l’HTA). Rappelons enfin que P Rothwell était déjà le premier auteur de la publication saluée par le Jim d’Or de Neurologie en 2003 (Quand opérer les sténoses carotidiennes symptomatiques ?).

Mettons pour finir en garde ceux de nos lecteurs enclins à un pessimisme excessif contre la lecture (ou la relecture) de notre Jim d’Or des Cas cliniques (Etats végétatifs : la conscience n’est pas morte).