JIM d'Or 2011

Il y a du Sisyphe dans chaque médecin.

A peine a-t-on intégré, en une petite dizaine d’années, les connaissances minimales requises pour soigner ses contemporains, qu’il faut recommencer. Jour après jour, il faut rouler son rocher. Et assimiler toutes les innovations diagnostiques et thérapeutiques qui, nées de l’imagination, de l’opiniâtreté et du travail acharné des chercheurs et des cliniciens du monde entier, transforment la pratique du médecin...avant de devenir obsolètes, forcément obsolètes.

Il y a bien sûr aussi du Sisyphe dans Jim.

Puisque, depuis plus de 30 ans, il s’est auto-désigné pour une mission qu’il ne saurait vraiment accomplir : distinguer parmi les dizaines de milliers d'études originales parues dans plus d’une centaine de revues de référence ou dans les myriades de communications aux grands congrès internationaux, celles qui feront (peut-être) la médecine de demain. 

Et, après avoir poussé sa pierre toute l’année, Jim-Sisyphe s'impose, entre deux réveillons, un nouvel objectif, toujours aussi inaccessible, désigner parmi les 2 500 actualités scientifiques qu’il a sélectionnées au fil des mois, celles qui seront, dans chaque discipline, couronnées par un Jim d’Or.

Le palmarès 2011, comme ses prédécesseurs de l'ère électronique (voir Jim d'Or 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010), est à lui seul, le paradigme de cette activité sisyphéenne.

Mettons nous en effet un instant dans la peau d’un médecin honnête homme, formé à l’aube des années 80 du siècle dernier et qui n’aurait pas jugé bon d’imiter Sisyphe. 

Sur les 36 Jim d’or décernés cette année, 20 lui sembleraient totalement abscons car fondés sur des avancées encore dans les limbes il y a 30 ans.

Il en serait ainsi par exemple de tous les traitements par anticorps monoclonaux, Jim d'Or d'Allergologie (Omalizumab : confirmation de l’efficacité dans l’asthme allergique de l’enfant), d'ORL (Le mépolizumab, peut-être une nouvelle option pour le traitement des polyposes nasales), d'Ophtalmologie (Quel anticorps monoclonal dans la DMLA ?) ou de Rhumatologie (Succès de la biothérapie anti BlyS dans le lupus disséminé). Mais également des Jim d'or de Biologie (Le diagnostic anténatal de trisomie 21, bientôt par une simple prise de sang ?), de Gériatrie (Cocktail de jouvence pour des cellules centenaires), de Gynécologie (Marquage fluorescent pour visualiser les cellules malignes en peropératoire dans le cancer de l’ovaire, une première), de Maladies rares (Mucoviscidose : un pas décisif) et surtout de Génétique (Merry Christmas pour les hémophiles B) qui reposent tous sur une cascade de découvertes accomplies au tournant du millénaire.

Même les Jim d'Or de Gastro-entérologie (Hépatite C : vers une nouvelle ère thérapeutique) ou de Cas cliniques (C’est géant !), a priori plus accessibles, lui sembleraient bien étranges puisque, dans le premier cas, l'hépatite C n'a été formellement identifiée qu'en 1988-89 et que, dans le second, il était tout sauf probable que l'on puisse savoir de quoi souffrait précisément un géant irlandais que l'on exhibait dans les foires à la fin du XVIIIe siècle grâce à des recherches génétiques à venir. 

Quant au Jim d'Or des Jim d'Or (Cellules souches cardiaques autologues : SCIPIO ouvre la voie) il laisserait coi notre lecteur des années 80 puisqu'il apprendrait simultanément que, contrairement à ce qu’on lui avait enseigné à la faculté, le cœur a bien des capacités de régénération grâce à des cellules souches pluripotentes, que l'on peut les isoler et les cultiver et qu'injectées dans une coronaire (rien de plus facile !), elles permettraient même d'améliorer la contractilité myocardique...

Reste quelques Jim d'Or qui ne doivent rien (en apparence) aux progrès de la biologie, mais qui, malgré tout, plongeraient cet hibernatus de la médecine dans un abîme de perplexité. Celui d'Anesthésie-réanimation (Le déclin du cathétérisme artériel pulmonaire en réanimation) qui remet en cause une exploration culte, celui d'Epidémiologie (Indiens et bengalis sont-ils « insensibles » à l’obésité ?) qui réfute ce que nous tenons pour certain et universel, la relation entre obésité et surmortalité, ou celui de Médecine Générale (L’autocontrôle de l’INR améliore le pronostic) qui proclame qu'un dispositif électronique est supérieur au praticien pour bien équilibrer l'INR (ou plutôt le TP !).

Au final, seulement deux de nos Jim d'Or se révéleront rassurants. Celui de Chirurgie (Appendicite : le bistouri resterait la meilleure option) qui, contre toute attente, ne détrône pas le bistouri dans l'appendicite !  Et celui de Pédiatrie (Otites aiguës : retour vers l’antibiothérapie !) qui incite à revenir au traitement des années 70 justifiant ainsi (a posteriori) l'attitude de ceux qui, par clairvoyance (ou par paresse ?), n'ont pas modifié leurs habitudes de prescription depuis 30 ans...