JIM d'Or 2012

Le Jim est un puzzle. A l’image de la médecine.

Et il n’est que de parcourir, comme chaque année, les articles que la rédaction a couronnés par un Jim d’Or, pour en être persuadé. 

Chacune des 36 publications sélectionnées pour 2012 apparaît en effet au premier abord comme la pièce éparse d’un puzzle. Mais après des tâtonnements parmi ces travaux cliniques, épidémiologiques ou fondamentaux en apparence sans parenté les uns avec les autres, on s’aperçoit qu’ils posent, comme dans une œuvre impressionniste,  les touches d’un tableau, celui de la médecine de demain.

Comme les années précédentes (voir Jim d’Or 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011) on distingue ainsi des fils conducteurs au travers de ces nominations.

Et tout d’abord, dans de très nombreux domaines, ces Jim d’Or marquent l’importance croissante de la biologie fondamentale et tout particulièrement de la génétique dans les progrès accomplis ou esquissés en médecine. En Biologie (Des cellules souches préservées 17 jours après la mort) et en Génétique (Diagnostic prénatal : que peut faire la cytogénétique moléculaire ?) bien sûr, mais aussi en Anatomopathologie (L’hétérogénéite intra-tumorale, un défi pour les thérapies ciblées) Cancérologie (L’aspirine, futur traitement adjuvant du cancer colorectal ?), en Dermatologie (Les promesses d’une nouvelle thérapie ciblée pour le mélanome métastasé), Endocrinologie (Une révolution dans le traitement de l’hypercholestérolémie familiale hétérozygote ?), Maladies rares (Un espoir d’amélioration dans la progeria), Médecine interne (Le rilonacept, peut-être une indication dans la fièvre méditerranéenne familiale) et (même !) Psychiatrie (Age du père, mutations spontanées et risque accru de troubles autistiques et de schizophrénie).

Mais, toutes les avancées de 2012 ne relèvent pas que de la haute technologie ou des sciences fondamentales et il est encore possible de faire progresser la médecine par l’observation (et son dernier avatar l’épidémiologie), le bon sens ou la remise en questions des dogmes. Nous n’en voulons pour preuve que les Jim d’Or :

- d’Anesthésie-Réanimation (Heure du décès ?) qui pourrait contribuer à sauver des milliers de vie grâce à un peu de patience ;
- de Gastro-entérologie (Le contrôle efficace et prolongé de la réplication du virus de l'hépatite B a un effet positif sur la fibrose et la cirrhose) qui revient sur tout ce que nous savions sur l’irréversibilité des cirrhoses ;
- de Gynécologie (Vers une réhabilitation du THS ?) qui, à contre courant, annonce peut-être un revirement dans la prise en charge de la ménopause ;
- de Gériatrie (Les médecins généralistes aussi efficaces que les cliniques de la mémoire) qui, iconoclaste, remet en cause quelques idées reçues sur les effets du volontarisme dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer ;
- de Médecine générale (Une supplémentation en multivitamines pour prévenir le cancer ?) qui réhabilite les suppléments vitaminiques dans le même temps où le Jim d’Or de Nutrition (Les oméga 3, ça déçoit !) démontre l’absence d’intérêt des suppléments en oméga 3 ;
- de Néphrologie (Quel niveau de risque coronarien pour les insuffisants rénaux ?) qui, grâce à la qualité des outils épidémiologiques canadiens, nous révèle que l’insuffisance rénale chronique est un facteur de risque vasculaire plus important encore que le diabète ; 
- d’Urologie (Cancer de la prostate : le débat va-t-il pivoter ?) qui poursuit l’interminable débat sur le traitement et donc le dépistage du cancer de la prostate ;
- d’Ophtalmologie (DMLA : Dégénérescence Maculaire Liée à l’A…spirine ?) et de Rhumatologie (Ajouter de faibles doses de corticoïdes est utile dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde débutante !) qui délaissant biothérapies et autres traitements ciblés se penchent sur les effets (négatifs ou positifs) de deux vielles stars de la pharmacopée, l’aspirine et les corticoïdes.   

Pour achever le puzzle reste une dernière pièce à poser, le Jim d’Or des Jim d’Or (Le dépistage du cancer du sein doit-il être abandonné ?). Il est décerné cette année à un travail qui pose autant de questions qu’il n’apporte de réponses. Et a le mérite extrême de nous faire réfléchir sur les moyens et les finalités de notre médecine...d’aujourd’hui.