Jim d’Or 2008

C’est la crise (dit-on). Et ce palmarès des Jim d’Or pourrait laisser penser qu’elle n’a pas épargné la médecine. Ce cru 2008 est en effet marqué par l’abondance des études négatives. C’est ainsi que près d’un Jim d’Or sur 3 a été attribué cette année à des articles qui remettent en cause des stratégies communément admises ou soulignent leurs effets secondaires potentiels quand ce n’est pas leur inefficacité : Jim d’Or d’Allergologie (Paracétamol : faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?), d’Anesthésie-réanimation (Bêta-bloquants en chirurgie : POISE sème le doute), d’Endocrinologie (ACCORD et ADVANCE sèment le trouble sur la prévention cardiovasculaire dans le diabète de type 2), de Gastro-entérologie (Dissémination tumorale le long du trajet de ponction biopsie hépatique : pas si rare ?), de Gynécologie (« To treat or not to treat » les dysplasies du col de haut grade chez les jeunes femmes ?), d’Infectiologie (Vaccin anti-sida : un pas en arrière), de Pédiatrie (Une carence en vitamine D pour trois quarts des enfants sous traitement antiépileptique), de Rhumatologie (La chirurgie athroscopique serait inefficace dans l’arthrose du genou) et de Soins Infirmiers (La douleur reste insuffisamment prise en charge chez le nouveau-né hospitalisé).

 

Cette avalanche de « mauvaises » nouvelles ne doit pas être mise sur le compte du pessimisme ambiant qui aurait guidé nos choix, puisque, à parcourir les milliers d’articles publiés sur notre site en 2008 et à consulter les grandes études présentées cette année, force est de constater que dans des disciplines jusqu’ici vedettes de l’innovation comme la cardiologie, les progrès thérapeutiques significatifs ont été rares et que les grands essais négatifs ont été légions.

 

Heureusement, comme les années précédentes (voir Jim d’Or 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007) certains Jim d’Or saluent encore des progrès thérapeutiques ou des prouesses technologiques. Cependant, bien souvent, il ne s’agit pas d’innovations dans la prise en charge d’affections fréquentes mais d’avancées dans celle de maladies rares ou souvent négligées qui sont, et pour cause, plus facilement accessibles à des progrès thérapeutiques : Jim d’Or de Dermatologie (Un nouveau traitement pour les hémangiomes graves du nourrisson), Jim d’Or d’Hématologie (Efficacité confirmée du romiplostim dans le purpura thrombocytopénique immunologique chronique de l’adulte), de Maladies Rares (Confirmation clinique de l’intérêt des AA II dans le syndrome de Marfan), de Neurologie (Les anticorps monoclonaux à l’assaut de la sclérose en plaques), de Pneumologie (Une avancée dans le traitement de la mucoviscidose).

Dans ce domaine des maladies orphelines les succès ont d’ailleurs étaient nombreux en 2008 et beaucoup de publications dont le Jim s’est fait l’écho auraient mérité d’accéder au palmarès. Citons en quelques unes : Intérêt du rituximab chez les patients atteints de purpura thrombocytopénique immunologique candidats à la splénectomie, Le sirolimus deviendra-t-il le traitement de la sclérose tubéreuse de Bourneville ?, Le bosentan : une piste thérapeutique pour la drépanocytose, Un traitement chirurgical pour la maladie de Gilles de la Tourette ? , Traitement substitutif dans le syndrome de Maroteaux-Lamy : des résultats satisfaisants à long terme, Naître pour faire vivre, La maladie de Takayasu réfractaire, une autre indication pour les anti-TNF alpha ?

 

Pour ceux que seules les affections fréquentes intéressent signalons cependant que quelques Jim d’Or ont couronné des avancées technologiques ou une meilleure utilisation de traitements existants dans des situations de pratique quotidienne : Jim d’Or d’Anatomopathologie (Cancer du poumon au stade I : le pronostic est-il dans la méthylation des gènes ?), de Cardiologie (TAPAS : une bonne recette pour l’infarctus !), de Médecine Générale (Vaccination des femmes enceintes contre la grippe : faut-il revoir nos recommandations ?), de Nephrologie (Dialyse rénale chronique : l’anémie pourrait être contrôlée avec une injection mensuelle ou bimensuelle d’époétine pégylée), de Pharmacie (Le rivaroxaban confirme sa supériorité sur une HBPM en chirurgie orthopédique à haut risque).

 

Concluons par trois notes optimistes. Le Jim d’Or d’Epidémiologie est attribué à une étude démontrant l’impact positif immédiat de l’interdiction du tabac dans les lieux publics (Oui, la loi anti-tabac protège le coeur des non fumeurs). Le Jim d’Or de Santé publique revient à une innovation du milieu du siècle dernier (50 ans d’utilisation de la pilule : 100 000 morts en moins). Et surtout le Jim d’Or des Jim d’Or nous démontre (presque) que nous pourrions juguler l’épidémie de sida avec les armes dont nous disposons aujourd’hui (Sida : l’éradication de la maladie est-elle à portée de mains ? ).