L’empaglifozine ralentit l’évolution de la néphropathie diabétique

Selon l’OMS, le diabète affecterait actuellement 8,5 % de la population mondiale et sa prévalence ne cesse d’augmenter. Malgré les progrès thérapeutiques réalisés, tant dans le contrôle des règles hygiéno-diététiques que dans la commercialisation de nouveaux hypoglycémiants et d’insulines, les pathologies cardiovasculaires, rénales, rétiniennes et vasculaires périphériques continuent à se développer et l’on chiffre à 1,5 millions le nombre de décès liés au diabète, en 2012.

C’est dire que l’arrivée de nouveaux agents hypoglycémiants suscite toujours beaucoup d’intérêt. Les inhibiteurs de SGLT2 (inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2) font partie de ces agents nouvellement commercialisés en Europe et aux Etats-Unis. Au nombre de 3 (canaglifozine, dapaglifozine et empaglifozine), ils réduisent la réabsorption rénale du glucose, et en augmentent l’excrétion urinaire. Leur efficacité et leur sécurité d’emploi suscitent encore des interrogations et de nombreux travaux.

L’empaglifozine est l’objet d’une étude récente, dont le New England Journal of Medicine publie une partie des résultats ayant trait à l’objectif secondaire de l’étude, c’est-à-dire l’impact du traitement sur la fonction rénale. Les premiers résultats, concernant l’effet de l’empaglifozine sur le critère principal, ont été publiés précédemment et montraient la supériorité de la molécule par rapport au placebo sur le taux de décès de cause cardiovasculaire. Il s’agit maintenant de la publication des données concernant le critère secondaire, c’est-à-dire l’effet de l’empaglifozine sur les complications microvasculaires, et particulièrement sur la survenue ou la progression de l’atteinte rénale.

Plus de 6 000 patients randomisés

Les résultats portent sur plus de 6 000 diabétiques de type 2, avec une atteinte cardiovasculaire et un débit de filtration glomérulaire estimé (eGFR) d’au moins 30 ml/mn/1,73 m2 de surface corporelle. Ces patients étaient randomisés en trois groupes, ils recevaient l’empaglifozine à la dose quotidienne de 10 mg, ou de 25 mg, ou un placebo, en plus de leur traitement habituel.

Au cours du suivi, d’environ 3 ans, une aggravation ou l’apparition d’une néphropathie a été constaté chez 12,7 % des patients traités par l’empaglifozine, contre 18,8 % dans le groupe placebo (Hazard Rario [HR] 0,61 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,53 à 0,70). Le taux sérique de la créatinine a doublé chez 1,5 % des patients sous empaglifozine, contre 2,6 % du groupe placebo (réduction statistiquement significative de 44 %). Une thérapie de remplacement rénal a été initiée chez 0,3 % des patients sous empaglifozine contre 0,6 % de ceux sous placebo, constituant un risque relatif inférieur de 55 %. Il n’apparaît en revanche aucune différence dans la survenue d’une albuminurie.

Si des réserves s’imposent sur la généralisation de ces résultats, obtenus à partir d’une population sélectionnée, il n’en demeure pas moins qu’ils peuvent raisonnablement inciter à l’optimisme. Comme le suggèrent les éditorialistes du New England Journal of Medicine, le travail n’est toutefois pas terminé. Les divergences constatées dans les résultats des différents essais cliniques concernant les hypoglycémiants récemment commercialisés, laissent en effet penser que le type de patients recrutés intervient de façon non négligeable dans les résultats et qu’il sera intéressant dans les prochaines années de voir se monter des essais cliniques comparatifs combinant les anciens et les nouveaux antidiabétiques dans des cohortes plus homogènes, pour que puissent être déterminés des modes de prise en charge plus efficaces pour les millions de diabétiques de type 2.

Dr Roseline Péluchon

Références
Wanner C et coll. : Empaglifozine and Progression of Kidney Disease in Type 2 Diabetes.
N Engl J Med., 2016 ; publication avancée en ligne le 14 juin. DOI: 10.1056/NEJMoa1515920
Editorial de Ingelfinger JR et coll. : Cardiac and Renovascular Complications in Type 2 Diabetes- Is There Hope ? N Engl J Med., 2016 ; publication avancée en ligne le 14 juin DOI: 10.1056/NEJMe1607413

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