Les campagnes d’information sur le papillomavirus auraient-elles raté leur cible ?

Le papillomavirus (HPV) est le facteur étiologique du cancer du col de l’utérus dans 99,7 % des cas. Plusieurs vaccins ont été développés contre les souches à haut risque. Les vaccins bivalent (HPV16/18) et quadrivalent (HPV 16/18/6/11) sont commercialisés depuis une dizaine d’années et déjà leur efficacité est démontrée sur l’incidence des anomalies cytologiques de haut grade au niveau du col de l’utérus et celle des verrues génitales.

Un taux de vaccination très variable

La vaccination est recommandée dans de nombreux pays européens pour les jeunes filles et femmes, de 9 à 18 ans selon les pays, mais le taux de vaccination varie considérablement, de 6 % à 86 %. Les raisons en sont multifactorielles, mais le niveau de connaissance concernant le HPV et les vaccins a été repéré comme un facteur prédictifde la vaccination. C’est sans doute ce qui a motivé en grande partie les campagnes d’information qui ont accompagné, voire précédé la mise à disposition des vaccins.

Cette entreprise d’information n’a semble-t-il pas atteint son but, si l’on en croit une méta- analyse de 18 enquêtes, réalisées auprès d’adolescents européens entre 2008 et 2013. Deux questions principales étaient posées : « Avez-vous entendu parler du papillomavirus ? » et « Avez-vous entendu parler du vaccin contre le papillomavirus ? ».

5 % des ados suédois bien informés contre 92 % des Italiens

C’est peu de dire que la proportion de ceux qui sont informés sur le HPV varie considérablement d’un pays à l’autre, allant de 5 % pour les adolescents suédois (alors que la Suède a depuis 2010 un programme de vaccination scolaire !) à 92 % pour les italiens. Plusieurs facteurs sont associés au fait de connaître le virus. Globalement, les filles vaccinées en savent plus que les non-vaccinées (77 % vs 8,5 %), comme les adolescents ayant un niveau d’études supérieur et surtout un bagage scientifique. Le savoir concernant l’HPV augmente avec l’âge, mais ne semble pas en lien avec l’activité sexuelle (sauf dans une étude réalisée en Allemagne). Enfin, le genre est sans aucun doute le facteur le plus déterminant, les filles étant beaucoup plus susceptibles que les garçons d’avoir entendu parler du HPV (Odds Ratio 2,73 ; intervalle de confiance à 96 % : 1,86 à 3,99).

En ce qui concerne le vaccin contre le HPV, ce sont encore les italiens qui sont le mieux informés, et les suédois le moins bien, et, là aussi, se retrouve une différence de genre, les filles étant plus de 5 fois mieux informées que les garçons.

Les notions sur le mode de transmission du HPV, ses liens avec le cancer et les verrues génitales, le niveau de protection assuré par le vaccin et la nécessité de continuer à se faire dépister malgré la vaccination sont elles aussi médiocres, les questions sur ces sujets donnant lieu à des réponses incertaines ou erronées. Notons que l’existence de programmes de vaccination n’accompagne pas obligatoirement une meilleure couverture vaccinale : au Royaume Uni, qui dispose d’un programme de vaccination en milieu scolaire, le taux de vaccination atteint 86 %, mais il est de 84 % au Portugal où la vaccination n’est pas organisée.

Plus on en sait, plus on se vaccine

L’enseignement principal de cette analyse est que le niveau de connaissance sur le virus est globalement associé à un meilleur taux de vaccination. Les adolescents interrogés disent s’informer en priorité par les media, l’école et internet. Ils estiment que si l’information écrite est utile, elle doit être rendue plus attrayante et devrait s’accompagner de discussions en petits groupes. Mais pour le moment, aucune méthode d’information n’a fait la preuve d’une efficacité supérieure aux autres dans ce groupe de population.

Rappelons enfin que la campagne d’information qui avait accompagné la commercialisation du vaccin en France ciblait en priorité les mères de jeunes filles plutôt que les jeunes filles elles-mêmes.

Dr Roseline Péluchon

Références
Patel H et coll. : Knowledge of human papillomavirus and the human papillomavirus vaccine in European adolescents: a systematic review
SexTransm Infect., 2016;92:474-479

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Vos réactions (5)

  • EXIT les 2 vaccins !

    Le 21 novembre 2016

    Et plus on en sait sur les effets collatéraux de ce vaccin constatés sur le terrain, vaccin qui n'a toujours rien démontré en terme d'efficacité, moins on se vaccine. Qu'attend-on pour faire les études rétrospectives? La peur de trouver des résultats catastrophiques en terme de balance bénéfice/risques. Il faut arrêter avec ce vaccin et généraliser le frottis cervico-utérin largement suffisant pour la prévention.

    D'ailleurs les chiffres en témoignent : plus de 30% de vaccinations en moins sur 2013/2016. Et Hollande qui voulait doubler la pratique! mais hélas toujours 34 000 doses mensuelles distribuées et leurs lots de victimes.

    Serge Rader

  • On a 15 ans de retard en France (réponse à M Rader)

    Le 24 novembre 2016

    Les études sérieuses montrent une efficacité et montrent même la nécessité de vacciner les garçons. Les effets collatéraux ? Quel effets collatéraux ? Le frottis n'a pas montré son efficacité avec une stagnation des cancers depuis 15 ans. Arrêtez de vous gargarisez des inepties de types comme Joyeux. Vous ne voyez pas au quotidien l'effet dévastateur de ce virus même si on ne parle pas forcément de cancer et quid des cancers ORL HPV dépendants ? Quid du typage viral intégré au dépistage ? On a 15 ans de retard en France et ce n'est pas doubler les vaccins mais quadrupler et je ne pense que M Hollande soit un acteur de premier choix pour ça : il a autre chose à faire ...

    Dr Hughes Caly

  • Quelle (qui ?) doit être la cible ?

    Le 25 novembre 2016

    Autant la pertinence de la vaccination anti tétanique est indiscutable, autant celle de la vaccination anti HPV fait débat.
    La cible visée par une campagne de santé peut et doit être dans l'absolu :
    -le patient : ici, il s'agit d'adolescents (garçons et filles) qui doivent absolument être non seulement informés mais convaincus de l'intérêt de cette vaccination;
    -les parents : non seulement ils ont l'autorité parentale , mais aussi le portefeuille ! Rappelons que ce vaccin est hors de prix !(je ne sais pas s'il est bien remboursé);
    -les médecins, qui informent, convainquent et vaccinent.Oui mais voilà, je ne vois pas d'adhésion à cette vaccination anti HPV bien marquée de la part des médecins, et du coup des parents non plus !

    Alors que fera l'adolescent bien informé des problèmes liés au HPV ? Notre absence de certitude bien partagée risque de le détourner non seulement du vaccin mais du reste des précautions (hygiène, préservatifs, frottis).

    Dr F.Chassaing

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