Peut-être un tournant dans le traitement du cancer du pancréas

Il faut bien admettre qu’au cours de la dernière décennie, le traitement du cancer du pancréas n’a connu que des avancées mineures. Le faible taux de survie à long terme des cancers découverts à un stade précoce illustre bien la lenteur des progrès dans le domaine thérapeutique. Depuis 2007, le traitement adjuvant standard est actuellement la gemcitabine, mais le taux de survie à 5 ans après résection et traitement adjuvant ne dépasse pas 24 %.

C’est dire l’intérêt que devraient susciter les résultats d’une étude récente présentés par une équipe japonaise. Il s’agit d’un essai randomisé de phase 3 incluant 377 patients atteints d’un cancer pancréatique. Après résection complète, les patients ont été divisés en deux groupes recevant la gemcitabine ou le traitement à évaluer, le S-1. L’objectif était d’attester de la non-infériorité du S-1 par rapport à la molécule de référence.

Le S-1, administré par voie orale, contient du tegafur (prodrogue du fluouracile), du giméracil et de l’otéracil-potassium. Le giméracil inhibe l’activité de la dihydropyrimidine déshydrogénase, permettant ainsi de maintenir une concentration sérique et tissulaire élevée de fluorouracile. Quant à l’otéracil-potassium, il réduit la phosphorylation du fluorouracile dans le tractus digestif, diminuant la toxicité gastro-intestinale.

Doublement de la survie à 5 ans avec le S-1

Le design de l’étude était prévu pour une étude de non-infériorité, mais l’analyse des données des premiers patients inclus font abandonner cette approche tant la différence d’efficacité entre les deux traitements est évidente. Les premières données montrent en effet que le S-1 double pratiquement le taux de survie à 5 ans par rapport à la gemcitabine (44,1 % vs 24,4 % ; Hazard ratio [HR] 0,57 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,44 à 0,72). La durée médiane de survie sans récidive est elle aussi nettement amélioré dans le groupe S-1 (22,9 mois vs 11,3 ; HR 0,60 ; IC 0,47 à 0,76), alors que le taux de survie sans récidive à 5 ans est de 33,3 % pour le S-1 vs 16,8 % pour la gemcitabine. Le taux d’abandon de traitement pour cause d’effets indésirables n’est que légèrement supérieur dans le groupe de patients sous gemcitabine (25 % vs 21).

Malgré l’enthousiasme que peuvent suciter ces résultats, quelques questions méritent de l’attention. Elles sont posées par l’éditorialiste du Lancet, le Pr. Ko,  qui s’interroge notamment sur la transposition de ces résultats sur des cohortes non japonaises. Il n’est pas impossible selon lui que des variations interethniques soient à l’origine de différences aussi bien en terme d’efficacité que de toxicité et rien n’indique que ces résultats aient une portée universelle.  Il estime en effet que le profil pharmacocinétique du S-1 ne peut à lui seul expliquer l’augmentation constatée de la survie à long terme.

Le Pr. Ko se montre un peu sévère sur ces essais thérapeutiques conduisant à du « toujours plus » médicamenteux et souligne qu’il serait plus utile de saisir l’opportunité offerte par de telles cohortes de tenter d’identifier des biomarqueurs qui pourraient faire progresser la recherche sur le traitement du cancer pancréatique et le faire enfin entrer « dans l’ère de la médecine de précision ».

Dr Roseline Péluchon

Références
Uesaka K et coll. : Adjuvant chemotherapy of S-1 versus gemcitabine for resected pancreatic cancer: a phase 3, open-label, randomised, non-inferiority trial (JASPAC 01)
Lancet, 2016 ; publication avancée en ligne le 2 juin. doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30583-9
Ko AH : Raising the bar for the adjuvant treatment of pancreatic cancer. Lancet, 2016 ; publication avancée en ligne le 2 juin. doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30680-8

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Vos réactions (1)

  • Une question

    Le 13 juin 2016

    Quid des suites de l'essai de traitement par le virus de la rougeole? Y a-t-il de nouvelles tentatives ?

    Dr M. Bidallier

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