Une deuxième lecture systématique pour les biopsies de lésion mammaire ?

Certaines anomalies sur les biopsies mammaires sont d’interprétation particulièrement difficile. Le taux des désaccords entre pathologistes est élevé, notamment dans les cas d’atypies et de carcinomes canalaires in situ. Des enquêtes réalisées auprès des laboratoires montrent d’ailleurs qu’un nombre non négligeable de pathologistes demandent un second avis avant de valider leur compte-rendu. Certains guidelines le recommandent, particulièrement quand un diagnostic de cancer invasif est en jeu. Toutefois, les critères définissant quand et comment demander un second avis varient considérablement, allant de la stratégie du second avis systématique pour toutes les biopsies à la deuxième lecture seulement dans des cas ou des situations spécifiques.

Pour faire le point sur le sujet, une équipe états-unienne a examiné l’effet d’un second avis sur l’amélioration de l’interprétation histopathologique de pièces de biopsies mammaires. Les auteurs ont imaginé et évalué 12 stratégies différentes pour l’obtention du second avis : de la relecture systématique de toutes les pièces de biopsies, au second avis donné seulement sur demande du pathologiste, en passant par celui demandé si le pathologiste n’a pas une grande expérience ou au contraire s’il a de grands volumes hebdomadaires de biopsies à traiter. Les conclusions des participants étaient comparées à celles d’un groupe d’experts.

Un risque réduit de mauvaise interprétation

Au total 240 biopsies ont été vues par 115 pathologistes et les conclusions comparées à celles d’un consensus d’experts. Il apparaît qu’une seconde lecture réduit significativement le risque de mauvaise interprétation, quelque soit la stratégie choisie, sauf si le second avis est limité aux cas de cancers invasifs. Le taux d’erreur passe de 24,7 % à 18,1 % quand tous les cas bénéficient d’un second avis. Le plus faible taux d’erreur est obtenu quand les biopsies sont lues par deux pathologistes expérimentés (≥ 10 biopsies mammaires par semaine). Réserver la seconde lecture aux seuls cas où la première décrit des atypies, un carcinome canalaire ou un cancer invasif, réduit le risque de surinterpétation de lésions bénignes sans atypies de 12,9 % à 6,0 %. Notons que le risque d’erreur le plus élevé est celui où sont présentes des atypies (52,2 %), mais dans ces cas, aucune stratégie de relecture ne réduit le risque d’erreur à moins de 34 %.

Faire passer toutes les biopsies en seconde lecture paraît difficilement réalisable en pratique, mais cette étude, sans se prononcer formellement pour une stratégie ou une autre, en propose plusieurs limitant le risque d’erreur. Les réductions les plus importantes des sur-interprétations ou sous-interprétations sont obtenues quand le second avis est demandé par le pathologiste lui- même et l’effet est encore plus concluant quand le diagnostic initial est celui d’atypies ou de carcinome canalaire in situ.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Elmore J.G. et coll. : Evaluation of 12 strategies for obtaining second opinions to improve interpretation of breast histopathology: simulation study. BMJ 2016; 353: i3069

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