Zika, plus de mal que de peur !

Depuis quelques semaines on dispose d'éléments probants pour incriminer le virus Zika dans la survenue d'anomalies fœtales, notamment de microcéphalies,  lorsque l'infection est contactée durant la grossesse. Concordance temporelle entre l'épidémie de Zika et une flambée des cas de microcéphalies au Brésil, mise en évidence du virus dans le cerveau d'un fœtus atteint et dans le liquide amniotique de femmes porteuses d'un enfant microcéphale, démonstration du pouvoir pathogène du virus sur des cellules neuronales progénitrices. Mais malgré ces arguments forts en faveur d'un lien de causalité, il demeure une incertitude sur l'ampleur du risque pour les femmes enceintes, les chiffres présentés ici et là étant très variables selon les sources brésiliennes allant de 0,1 à 16 %!

29 % d'anomalies fœtales

Une étude prospective conduite à Rio de Janeiro, permet de se faire une idée plus précise (et plus inquiétante !) du phénomène.   Ce travail signé par des chercheurs californiens et brésiliens dans le New England Journal of Medicine a inclus 88 femmes enceintes ayant présenté un rash dans les 5 jours ayant précédé une consultation à Rio entre septembre et février 2016.

Pour toutes ces patientes, une recherche du virus Zika a été pratiquée par RT-PCR dans le sang et les urines ; 82 % de ces recherches (n=72) se sont révélés positives (dans le sang, les urines ou les deux liquides biologiques) et les 16 femmes négatives ont servi de témoins.

Sur les 72 patientes, deux ont avorté durant le premier trimestre de gestation, 42 ont accepté de passer une échographie obstétricale et les 28 autres l'ont refusé soit en raison de l'éloignement du centre d'échographie soit par crainte des résultats. Les femmes témoins, non infectées, ont, elles, toutes eu une échographie.

Le fait essentiel est que parmi ces 42 patientes des anomalies ont été mises en évidence dans 12 cas (29 %) contre aucune chez les témoins. Les anomalies, pouvant être associées entre elles, ont consisté en 4 cas de microcéphalies, 5 cas de retard de croissance intra-utérin (avec ou sans microcéphalie), des calcifications cérébrales dans 4 observations, des malformations des plexus choroïdiens, des citernes ou du cervelet, des flux sanguins anormaux dans l'artère cérébrale moyenne ou l'artère ombilicale, un oligo-hydramnios ou un anhydramnios au cours de deux grossesses et dans une observation des malformation extra-neurologiques associées. 

Deux fœtus sont morts in utero après la 30e semaine. Lors de la rédaction de l'article, sur les 42 cas d'infection par le Zika ayant eu une échographie obstétricale, 2 enfants étaient morts nés, 6 étaient nés vivants (2 avec un examen clinique normal, tandis que l'examen des 4 autres confirmait les données pathologiques de l'échographie).

Un danger à tous les stades de la grossesse

Outre cette incidence très élevée de pathologies fœtales, ce travail a révélé que les répercussions de l'infection par le virus Zika s'observent à tous les stades de la grossesse. Durant le premier trimestre (c'est à dire lors de l'embryogénèse) bien sûr mais également au deuxième et au troisième trimestre avec par exemple des cas de microcéphalies pour des infections survenues lors des 22e et 26e semaine, des calcifications cérébrales après infection à la 27e semaine, un  anhydramnios associé à une infection à la 35e semaine et des signes évoquant une atteinte placentaire après une infection tardive.

On peut donc estimer que la réputation de bénignité du Zika est usurpée puisque l'infection par le Zika est associée au cours de la grossesse à un risque élevé non seulement de microcéphalies mais aussi d'autres anomalies neurologiques et de retards de croissance.

Il reste à déterminer si ce risque fœtal majeur lié au virus Zika qui n'avait pas été constaté lors des épidémies africaines, est en rapport avec une mutation du virus, avec le développement  de l'épidémie dans une population « naïve » ou aux très mauvaises conditions sanitaires des régions d'Afrique où le virus sévissait jusqu'ici.

Quoi qu'il en soit, cette étude qui fera date, laisse augurer d'une véritable catastrophe sanitaire dans les régions touchées par l'épidémie. Elle devrait y susciter un débat sur l'interruption thérapeutique de grossesse, interdite dans ces cas au Brésil. Elle conforte la recommandation des autorités françaises (et de l'OMS très récemment) d'éviter tout séjour non indispensable en zones d'épidémie pour les femmes enceintes ou susceptibles de l'être. 

Dr Anastasia Roublev

Référence
Brasil P et coll.: Zika Virus Infection in Pregnant Women in Rio de Janeiro — Preliminary Report. N Engl J Med 2016; publication avancée en ligne le 4 mars (DOI: 10.1056/NEJMoa1602412)

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Vos réactions (1)

  • Une autre explication

    Le 27 mars 2017

    L'étude ne dit pas si toutes ces femmes enceintes ont bien reçu (directive du Ministère de la Santé brésilien de Sept 2014) le vaccin DTCoq GSK à partir de fin Nov 2014, entre la 27è semaine (mais 20è possible) jusqu'à 20 jours de l'accouchement...

    Serge Rader

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