Etat de la mémoire 6 mois après l'arrêt cardiaque, une question de température ?

Les séquelles cognitives, le plus souvent des troubles de la mémoire, de l'attention et de l'exécution, sont documentées chez environ la moitié de tous les survivants d'arrêt cardiaque hors hôpital (ACHH) avec une prévalence déclarée qui varie de 6 % à 100 %, en fonction des tests utilisés.

On sait, depuis les deux premières études historiques en 2002, que le contrôle ciblé de la température (CCT) est associé à une diminution de la mortalité et à une amélioration des fonctions cognitives chez les survivants, telles que mesurées par la catégorie de performance cérébrale (CPC). Cependant, la relation entre la température ciblée et la durée du CCT et le résultat cognitif reste floue. Les résultats de l'essai clinique en fonction de la température cible (33 °C versus 36 °C) n'ont révélé aucune différence significative entre les groupes quant à la mortalité globale ou aux fonctions cognitives, 6 mois après l'ACCH. De même, l'étude CCT48 (24 contre 48 h à 33 °C), n'a pas montré d'effets significatifs d’une durée plus longue sur l'issue cérébrale et la mortalité six mois après l'ACHH.

L'hypothèse a été émise que les survivants à un ACHH soumis à un CCT prolongé de 48 heures (CCT48) présenteraient de meilleures fonctions cognitives que ceux soumis à un CCT standard de 24 heures (CCT24) six mois après l'ACCH.

Mieux vaudrait maintenir la température cible pendant 48 heures

Une sous-étude post-hoc prédéfinie a été menée à partir de l'essai clinique multicentrique : "Target Temperature Management for 48 vs. 24 h and Neurologic Outcome after out-of-hospital cardiac arrest: A Randomised Clinical Trial” (the TTH48 trial). Les survivants de l'ACHH ayant de bons résultats cognitifs perçus (CPC ≤ 2) ont été conviés à une évaluation neuropsychologique de la mémoire, de l'attention et des fonctions exécutives six mois après l'ACHH.

Soixante-dix-neuf patients ont été inclus dans l'étude. L'analyse de régression multivariée a révélé que le CCT48 était associée à une meilleure performance significative dans trois des 13 tests cognitifs spécifiques à la récupération de la mémoire après ajustement pour l'âge au moment du suivi et du retour de la circulation spontanée. Dans l'ensemble, les patients du groupe CCT24 étaient presque trois fois plus susceptibles (risque relatif RR = 2,9 (intervalle de confiance à 95 % IC à 95 % : 1,1-7,4)), p = 0,02) de présenter une déficience cognitive.

Cette étude fait état d'une association entre la durée du CCT et le pronostic cognitif. Chez les survivants de l'ACHH dont les résultats cognitifs étaient perçus comme bons (CPC ≤ 2), la CCT48 a été associé à une réduction des déficits de mémoire et du risque relatif de troubles cognitifs, six mois après l'ACHH, comparativement au CCT24.

L'une des limites de cette sous-étude cognitive est que seuls les survivants de l'ACHH ayant de bons résultats cognitifs (CPC ≤ 2) ont été inclus et que nous ne savons toujours pas si le CCT48 a également des effets spécifiques sur la récupération de la mémoire chez les survivants de l'ACHH dont les résultats cognitifs sont moins bons (CPC ≥ 3).

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Evald L, Brønnick K, Duez CHV, Grejs AM, Jeppesen AN, Søreide E, Kirkegaard H, Nielsen JF. Prolonged targeted temperature management reduces memory retrieval deficits six months post-cardiac arrest: A randomised controlled trial. Resuscitation. 2018 Dec 17;134:1-9. doi: 10.1016/j.resuscitation.2018.12.002.

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