Traitement de l’obésité par la lorcasérine, un bénéfice pour la fonction rénale

L’obésité morbide est certes considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire, mais elle a également un impact sur d’autres organes au demeurant nombreux, par exemple le rein. De fait, il semble que l’obésité soit à même d’entraîner une hyperfiltration rénale qui favoriserait l’albuminurie et une détérioration progressive de la fonction rénale. Ces hypothèses ne sont pas pleinement confirmées mais elles suscitent un intérêt certain qui trouve un écho dans les effets de la pharmacothérapie. A ce jour, il n’existe que très peu de médicaments autorisés dans le traitement de l’obésité à l’échelon mondial: en 2012 et 2016 (forme LP), la locasérine a bénéficié d’un agrément de la FDA dans cette indication. Cet agoniste sélectif des récepteurs sérotoninergiques centraux du type 2C a fait la preuve de son efficacité en termes de réduction pondérale avec une acceptabilité satisfaisante notamment sur le plan cardiovasculaire.

Albuminurie chez un patient sur 5

Ces résultats ont été obtenus au terme de l’étude contrôlée, menée à double insu contre placebo, dite CAMELLIA-TIMI 61 trial (Cardiovascular and Metabolic Effects of Lorcaserin in Overweight and Obese Patients-Thrombolysis in MyocardialInfarction 61) dans laquelle ont été inclus 12 000 patients atteints d’une obésité morbide ou d’une surcharge pondérale. Dans tous les cas, le risque de maladie cardiovasculaire athéromateuse était considéré comme élevé. La lorcasérine a été administrée à la dose de 20 mg/jour. Dans les 2 groupes, a été instauré un régime alimentaire ad hoc, cependant que l’hygiène de vie était améliorée. Parmi les critères d’efficacité, le principal était certes l’effet prolongé sur le surpoids mais au passage, les données recueillies ont permis de définir un critère reflétant le pronostic rénal et combinant les événements suivants : (1) apparition ou aggravation d’une micro- ou d’une macro-albuminurie ; (2) apparition ou majoration d’une insuffisance rénale chronique (IRC) ; (3) doublement des taux sériques de créatinine ; (4) IRC terminale, tranplantation rénale ou encore décès imputable à une cause rénale.

A l’état basal, le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) était <60 ml•min-1•1.73 m-2 chez 23,8 % des participants, cependant qu’une albuminurie significative (rapport albumine : créatinine ≥30 mg/g) était constatée chez près d’un patient sur cinq (19 %). Dans le groupe lorcasérine, la probabilité des évènements d’origine rénale du critère principal a été estimée à 4,2 %/année versus 4,9 %/année dans le groupe placebo, soit un hazard ratio (HR) de 0,87 (intervalle de confiance à 95 % [IC], 0,79-0,96 ; p = 0,0064). Ce bénéfice s’est avéré indépendant du risque cardiovasculaire et rénal basal. Dans l’année qui a suivi le tirage au sort, le DFGe et le rapport albumine : créatinine ne se sont améliorés que dans le groupe traité. Les effets de la lorcasérine sur le poids, les taux d’hémoglobine A1c et la pression artérielle systolique ont été obtenus indépendamment de la fonction rénale basale, sans qu’aucun évènement cardiovasculaire indésirable ne soit observé, comparativement au groupe placebo.

Augmentation du risque d’évènements cardiovasculaires en cas d’IRC

Après ajustement en fonction des caractéristiques basales, l’existence d’une IRC a pu être associée à une augmentation du risque d’évènements cardiovasculaires majeurs. Ainsi, par rapport à un groupe témoin constitué de patients dont le DFGe était ≥ 90 ml•min-1•1.73 m-2 : (1) en cas de DFGe compris entre 60 et 90 ml•min-1•1.73 m-2, le HR correspondant a été estimé à 1,25 (IC, 1,01-1,56) ; (2) un DFGe < 60 ml•min-1•1.73 m-2 a été associé à un HR de 1,51 (IC, 1,17-1,95) (p = 0,0015). La même tendance a été observée en cas d’albuminurie, le groupe témoin étant constitué par les patients sans ce signe biologique (<30 mg/g) : (1) micro-albuminurie : HR=1,46 (IC, 1,22-1,74) ; (2) macro-albuminurie : HR=2,10 (IC, 1,58-2,80) (p < 0,0001).

Cette étude contrôlée qui porte sur un effectif de 12 000 patients souligne qu’un dysfonctionnement rénal, en cas d’obésité ou de surcharge pondérale, augmente le risque d’évènements cardiovasculaires majeurs. La lorcasérine qui est un agoniste sérotoninergique 2C doué d’un effet coupe-faim semble réduire le risque d’apparition ou d’aggravation d’une IRC dans un contexte clinique caractérisé par un risque élevé de maladie cardiovasculaire athéromateuse. Ce médicament n’a pas franchi le cap de l’AMM européenne, seule la FDA ayant donné son feu vert non sans quelques réticences : il est vrai que les médicaments anti-obésité n’ont plus vraiment la cote…

Dr Catherine Watkins

Référence
Scirica BM et coll. : Lorcaserin and Renal Outcomes in Obese and Overweight Patients in the CAMELLIA-TIMI 61 Trial. Circulation, 2019;139: 366-375.

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Vos réactions (1)

  • Nouvelle technique de sleeve

    Le 05 février 2019

    Les by-pass et les sleeve ont fait la preuve de leur efficacité. Les by-pass sont remarquablement efficaces mais posent des problèmes à vie par la suite. Les sleeve sont moins efficaces mais posent peu de problèmes par la suite.
    On vient de mettre au point une technique qui va révolutionner les sleeve. Ceux-ci peuvent être réalisés par voir endoscopique, donc sans intervention chirurgicale en deux heures sans hospitalisation.
    A mon avis, elle est amenée à avoir un retentissement mondial dans le traitement de l'obésité par son efficacité et son faible coût.

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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