Pré-éclampsie avant terme : l'aspirine est souveraine !

La pré-éclampsie avant37 semaines d'aménorrhée (SA) est une importante cause de complications et de mortalité maternelle et périnatale. Un des défis de l'obstétrique moderne est le dépistage des femmes à haut risque de pré-éclampsie et l'identification d'interventions susceptibles d'en réduire l'incidence.

Dès 1979, une publication montrait que la prise d'aspirine au cours de la grossesse avait un effet bénéfique dans la prévention de la pré-éclampsie. Plusieurs méta-analyses l'ont confirmé par la suite, aboutissant aux recommandations des sociétés savantes indiquant la prise quotidienne de 60 à 80 mg d'aspirine chez les femmes à haut risque. Il n'est cependant pas certain que la prise d'une faible dose d'aspirine durant la grossesse réduise le risque de pré-éclampsie avant terme.

Dans cette étude multicentrique (13 maternités dans 6 pays) en double aveugle, les auteurs ont réparti de façon aléatoire 1 776 femmes ayant une grossesse unique à haut risque de pré-éclampsie, pour recevoir soit 150 mg d'aspirine par jour, soit un placebo, à partir de 11 à 14 SA jusqu'à 36 SA.

Le risque de pré-éclampsie avant terme était évalué grâce à un algorithme basé sur la pression artérielle moyenne, les Doppler utérins, le taux de PAPP-A (pregnancy-associated plasma protein) et de facteur de croissance placentaire (PlGF).

Le résultat principal était l'accouchement avec pré-éclampsie avant 37 SA, qu'il soit spontané ou provoqué. L'analyse a été réalisée en intention de traiter.

Près de deux tiers des cas seraient évités avec de petites doses d'aspirine

Sur 26 941 femmes enceintes vues en début de grossesse, 2 971 (11,0 %) ont été considérées comme étant à haut risque de pré-éclampsie avant terme, dont 2 641 étaient éligibles pour l'étude ; 1 776 ont accepté de participer, mais 152 ont retiré leur consentement durant l'essai, et 4 ont été perdues de vue, ce qui aboutit à 798 femmes dans le groupe recevant de l'aspirine et 822 dans le groupe recevant le placebo.

Une pré-éclampsie avant terme est survenue chez 13 femmes (1,6 %) dans le groupe recevant de l'aspirine et chez 35 femmes (4,3 %) dans le groupe recevant le placebo (Odds Ratio dans le groupe aspirine, OR = 0,38 ; intervalle de confiance à 95 %, IC95 : 0,20 - 0,74 ; p = 0,004).

Les résultats étaient inchangés dans une analyse qui prenait en compte les participantes ayant abandonné ou perdues de vue. L'adhésion était bonne, avec une prise correcte du médicament de 85 % ou plus chez 79,9 % des patientes. Il n'y avait pas de différence significative entre les groupes dans les résultats néonatals négatifs ou d'autres événements indésirables.

On peut donc conclure que le traitement par une faible dose d'aspirine chez les femmes à haut risque de pré-éclampsie avant terme réduit la fréquence de ce diagnostic par rapport au placebo, qui passe de 4,3 à 1,6 %, soit une diminution de 63 %.

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
Rolnik DL et coll. : Aspirin versus placebo in pregnancies at high risk fir preterm preeclampsia. N Eng J Med., 2017 ; publication avancée en ligne le 28 juin. doi : 10.1016/NEJMoa1704559

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