Effets de la dénervation rénale sur la pression artérielle nocturne et matinale

La dénervation rénale s’adresse aux patients atteints d’une hypertension artérielle (HTA) réfractaire dont la prévalence est d’estimation difficile, comme en témoignent les chiffres variables selon les sources : 5 à 30 %. La fourchette est donc large, ce qui s’explique en partie par les incertitudes diagnostiques, tout défaut d’observance devant être strictement exclu avant de considérer l’HTA comme réellement réfractaire. L’ablation des fibres nerveuses sympathiques rénales par radiofréquence, ce qui suppose un cathétérisme gauche, a été proposée avec un certain succès dans la prise en charge de cette forme d’HTA préoccupante. Son efficacité à long terme est en cours d’évaluation.

C’est la nuit et le matin que les niveaux de la pression artérielle (PA) tendent à atteindre, chez certains hypertendus, des niveaux trop élevés, susceptibles de favoriser la survenue d’événements cardiovasculaires graves. L’accident vasculaire cérébral du réveil est en l’illustration la plus frappante. De fait, c’est dans les heures qui suivent l’éveil que les chiffres tensionnels peuvent atteindre des pics néfastes, quand le sujet entreprend ses activités matinales. A ce titre, il est intéressant de connaître les effets de la dénervation rénale sur ces variations de la PA.

Deux essais randomisés menés, l’un aux Etats-Unis, l’autre au Japon, permettent d’en savoir plus. Il s’agit des études dites SYMPLICITY HTN-3 (Renal Denervation in Patients With Uncontrolled Hypertension) et SYMPLICITY HTN-Japan. Dans ces deux essais, les patients avaient une HTA sévère traitée par une association de plusieurs antihypertenseurs (respectivement, en moyenne, 5,2±1,4 versus 4,9±1,6, p=0,28). Les traitements étaient cependant quelque peu différents selon les études (types de médicaments et ajustements thérapeutiques en cours d’essai). 

Les effets de la dénervation rénale sur la PA ont été étudiés par mesure ambulatoire (MAPA) tout au long de la journée : matin (6:00-8:59), jour (9:00-20:59) et nuit (1:00-5:59). Le nombre de traitements par ablation s’est révélé similaire dans les deux essais, même si la technique de dénervation était différente.

En attente d’essais randomisés à long terme

Dans l’étude SYMPLICITY HTN-3, les patients traités par dénervation rénale (n=325), comparativement aux autres (n=159), ont bénéficié d’une baisse plus importante de la PA matinale (-7,3±19,8 mmHg, p<0,001) et nocturne (-6,1±18,2 versus -1,6±19,7 mm Hg, p=0,02). La variation de la PA diurne était en revanche similaire dans les deux groupes (-7,2±16,2 vs -6,4±18,6 mmHg, p=0,67). La même tendance a été observée quand les résultats des deux essais randomisés ont été réunis et analysés de la même manière.

La réduction de la PA au cours des périodes de la journée à haut risque pourrait contribuer à la protection cardiovasculaire des patients atteints d’une HTA réfractaire. Cette hypothèse doit cependant être vérifiée dans le cadre d’essais randomisés à long terme, en cours de réalisation, qui visent à préciser l’efficacité de la dénervation rénale au-delà du court et moyen terme.

Dr Philippe Tellier

Référence
Kario K et coll. Effect of Catheter-Based Renal Denervation on Morning and Nocturnal Blood Pressure : Insights From SYMPLICITY HTN-3 and SYMPLICITY HTN-Japan. Hypertension, 2015 ; 66 :1130-1137.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article