Qu’a donc de plus le sotrovimab ? Il se moque des variants du SARS-CoV-2 !

Les anticorps monoclonaux occupent une place importante dans le traitement de la Covid-19. Certains d’entre eux réduisent le risque d’hospitalisation chez les patients atteints d’une forme préoccupante de la maladie et ils sont d’ailleurs préconisés dans divers pays européens et aux États-Unis, en monothérapie ou en combinaison sous forme de cocktails. Ces médicaments hautement spécifiques de certains antigènes viraux se heurtent cependant à l’émergence et à la prolifération de variants du SARS-CoV-2 qui sont, de fait, capables de leur résister. Cette tendance a tout lieu de s’installer dans la durée tant qu’il existe de larges populations non vaccinées où le virus peut circuler et muter librement. D’autres traitements méritent donc d’être développés dans cette période de transition et l’idée d’un anticorps neutralisant ciblé sur un épitope conservé situé à distance du domaine de liaison du virus (RBD pour receptor-binding domain) exposé aux mutations rapides, fait son chemin. Un tel anticorps opposerait une barrière solide à la résistance et pourrait être combiné si nécessaire aux anticorps dirigés contre le RBD.

Essai de phase 3 en traitement précoce des formes de Covid-19 à haut risque

Le sotrovimab, initialement connu (!) sous le nom de VIR-7831, est un anticorps monoclonal humain génétiquement modifié capable de neutraliser certes le SARS-CoV-2, mais aussi d’autres représentants de la famille des sarbécovirus, dont le célèbre SARS-CoV-1 qui fut à l’origine de l’épidémie de SRAS de 2001. In vitro, le sotrovimab fait d’ailleurs preuve d’une activité antivirale qui n’épargne aucun des variants actuels du SARS-CoV-2 qu’il s’agisse de l’alpha, du bêta, du gamma, du delta et même du lambda. Ceci, à la différence de certains anticorps monoclonaux actuellement utilisés dans le traitement de la maladie, et qui visent spécifiquement le RBD.

Cette piste thérapeutique sérieuse est à l’origine d’un essai randomisé de phase 3, mené à double insu contre placebo, intitulé COMET-ICE (Covid-19 Monoclonal Antibody Efficacy Trial–Intent to Care Early) dans lequel ont été inclus 583 patients ambulatoires atteints d’une forme symptomatique légère ou modérée de Covid-19. Le risque d’aggravation était jugé significatif du fait d’au moins une des comorbidités ou des facteurs favorisant une telle évolution. L’inclusion s’est faite moins de cinq jours après les symptômes inauguraux. Dans le groupe traité, une dose unique de 500 mg de sotrovimab a été administrée en perfusion. Le critère de jugement principal combinait les hospitalisations d’une durée > 24 heures quelle que soit leur cause et les décès survenus au cours des 29 jours suivant le tirage au sort.

Une analyse intermédiaire encourageante

L’étude se poursuit actuellement, mais une analyse intermédiaire programmée et effectuée dans l’intention de traiter aboutit à des résultats encourageants. Dans le groupe traité (n = 291), la maladie ne s’est aggravée que chez trois patients (1 %), versus 21 (7 %) dans le groupe placebo, ce qui aboutit à une réduction du risque relatif de 85 % (p = 0,002).  Dans le groupe placebo, cinq participants ont été admis dans une unité de soins intensifs et un décès a été déploré au 29ème jour de l’étude. L’acceptabilité a été évaluée chez 868 patients (dont 430 dans le groupe sotrovimab et 438 dans le groupe placebo). La fréquence des évènements indésirables tous types confondus s’est avérée voisine dans les deux groupes, soit 17 % versus 19 %. Celle des évènements jugés sérieux était moindre dans le groupe traité, soit 2 % versus 6 %.

Chez les patients atteints d’une forme légère ou modérée de la Covid-19, considérés comme à haut risque d’évolution défavorable, le sotrovimab semble donc réduire le risque d’aggravation avec une acceptabilité a priori satisfaisante. Cette piste thérapeutique mérite d’être explorée plus avant avec la poursuite de l’étude et une analyse plus approfondie de ses données. D’autres essais seront également nécessaires pour confirmer sur une plus grande échelle l’intérêt d’un traitement qui n’aurait cure des variants du SARS-CoV-2, tels qu’ils se présentent à l’heure actuelle.

Dr Peter Stratford

Référence
Gupta A et coll. : Early Treatment for Covid-19 with SARS-CoV-2 Neutralizing Antibody Sotrovimab. N Engl J Med 2021 : publication avancée en ligne le 27 octobre. doi: 10.1056/NEJMoa2107934.

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Vos réactions (1)

  • Quid de l'Octofène ?

    Le 29 octobre 2021

    Très heureux de voir qu’on a (peut être) un nouveau traitement pour cette maladie. Mais ce que je ne comprends pas c’est que ce traitement très récent est déjà en phase trois alors que l’institut Pasteur peine à mener une étude avec l’Octofene qui pourtant a déjà utilisé utilisé pendant 20 ans sans problème dans ce pays.
    Que se passe-t-il?
    Sommes nous incapable en France de faire une étude sérieuse sur un traitement pourtant déjà utilisé dans d’autres indications sans effet secondaire vraiment notable?

    Dr Patrick Payet

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