Voici un nouveau vaccin contre la tuberculose

Selon l’OMS, la tuberculose conserve une position dominante parmi les causes de mortalité, tout au moins dans la liste des maladies qui résultent de l’action d’un seul agent pathogène. Le bacille de Koch (BK) qui a décimé bien des populations au cours des siècles derniers n’a pas fini de faire parler de lui avec l’émergence de souches multirésistantes aux antituberculeux, sur fond d’épidémie d’infections à VIH, souvent compliquées de surinfections notamment par le BK chez les patients immunodéprimés. S’ajoute à cette menace le peu d’intérêt que suscite la recherche de nouveaux antibiotiques : autant d’arguments pour développer dans les meilleurs délais des vaccins contre la tuberculose pour arriver à mettre un jour un terme à la situation actuelle.

Ces derniers, destinés aux adolescents et aux adultes, doivent répondre à un cahier des charges exigeant incluant une efficacité démontrée en termes de prévention, qui doit être d’au moins 50 % - c’est le plancher – vis-à-vis de l’infection à Mycobacterium tuberculosis bactériologiquement prouvée. Qui plus est, cette activité doit se maintenir au moins pendant 2 ans, c’est le minimum, en fait idéalement dix ans. Le vaccin candidat, développé par le laboratoire GSK (GlaxoSmithKline), du nom de M72/AS01E contient une protéine de fusion recombinante dérivée de deux antigènes de M. tuberculosis, en l’occurrence Mtb32A et Mtb39A, combinée à l’adjuvant AS01E.
 
Un essai randomisé multicentrique de phase 2b mené contre placebo qui visait à apporter la preuve du concept a montré l’efficacité de deux doses de M72/AS01E dans la prévention d’une tuberculose pulmonaire chez des patients atteints d’une forme latente de la maladie – définie par la positivité du dosage de l’interféron- en l’absence d’infection par le VIH. Les centres participants étaient répartis dans trois pays africains : Kenya, Zambie et Afrique du Sud. Une analyse au terme de deux années de suivi avait abouti à des résultats encourageants, avec une efficacité du vaccin estimée à 54,0 % (intervalle de confiance à 95 %,  [IC], 13,9 à 75,4), obtenue avec une acceptabilité a priori satisfaisante. C’était là le prélude aux résultats finaux de l’étude en question qui font l’objet d’une nouvelle publication dans le New England Journal of Medicine.

Résultats finaux d’un essai de phase 2b

Au total, entre août 2014 et novembre 2015, cette étude a inclus 3 573 sujets qui ont reçu au moins une dose du vaccin ou le placebo, la majorité (n = 3 330) ayant reçu les deux doses planifiées dans le protocole. Au terme de trois années de suivi, 13 des 1 626 participants du groupe M72/AS01 ont développé une tuberculose active prouvée sur le plan clinique et bactériologique, versus 26/1 663 dans le groupe placebo, soit en termes d’incidence 0,3 versus 0,6 cas pour 100 sujets-années. L’efficacité du vaccin a été ainsi confirmée, la valeur correspondante étant en effet de 49,7 % (IC 95 %, 12,1 à 71,2). Dans le groupe M72/AS01, les concentrations d’anticorps anti-M72 ont augmenté de manière significative dès la première dose et il en a été de même pour les lymphocytes CD4+ spécifiques de cet antigène. La réponse immunologique s’est par ailleurs maintenue tout au long du suivi. L’acceptabilité s’est avérée tout aussi satisfaisante qu’au terme des deux années de suivi, la fréquence des évènements indésirables sérieux et la mortalité s’avérant identiques dans les deux groupes.

Cet essai contrôlé de phase 2b confirme l’efficacité du vaccin M72/AS01 chez l’adulte atteint d’une tuberculose latente. Au terme de trois années de suivi, la protection contre une progression de la maladie vers une forme active semble être assurée dans la moitié des cas, ce qui ouvre la porte à d’autres essais. La preuve du concept est ainsi solidement étayée, mais il reste des étapes à franchir avant que ce vaccin ne devienne une arme capable de mettre un terme à l’épidémie de tuberculose dans sa forme actuelle.

Dr Peter Stratford

Référence
Tait DR et coll. : Final Analysis of a Trial of M72/AS01E Vaccine to Prevent Tuberculosis. N Engl J Med. 2019 ;381(25):2429-2439. doi: 10.1056/NEJMoa1909953.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article