La prévalence de la neuropathie est très sous-estimée dans le prédiabète et le diabète de type 2

La neuropathie est une complication classique du diabète qu’il soit de type 1 ou 2. Sa forme la plus courante consiste en une polyneuropathie sensitive qui touche au début la partie distale des membres pour s’étendre ensuite à leur racine. Les troubles moteurs sont plus rares et tardifs, cependant que les signes neurovégétatifs, pour leur part, sont souvent associés aux troubles sensitifs. Sa prévalence exacte et ses mécanismes pathogéniques restent imparfaitement connus, car son étude objective est à la fois difficile et approximative, du simple fait des limites des méthodes diagnostiques utilisées qui ont en commun un manque de sensibilité. Les troubles métaboliques, l’ischémie chronique ou encore l’inflammation participent à leur genèse dans des proportions variables selon la forme clinique.

Le Quantitative sensory testing, une méthode de diagnostic plus performante

L’examen neurologique complété par l’étude de la vitesse de conduction nerveuse représente le plus souvent les investigations de base dans la pratique médicale courante. Un outil plus performant dit QST (quantitative sensory testing)  peut être utilisé pour leur détection sous deux formes : un protocole bref (short-QST) permettant l’étude des petites fibres nerveuses ou complet (long-QST dit aussi QST-battery) donnant accès à l’ensemble de ces dernières. Cette approche permet une exploration fine, quantitative et objective des troubles de la sensibilité superficielle, thermo-algique et profonde au moyen de stimuli calibrés. Elle est couramment utilisée en Allemagne en accord avec les règles et modalités définies par le German Research Network on Neuropathic Pain protocol. Ses performances ont été évaluées chez 136 patients dont 108 atteints d’un diabète de type 2 et 28 d’un prédiabète. Le QST a été comparé sous ses deux formes aux méthodes d’évaluation courantes de la neuropathie, telles le score des déficits  neurologiques (SDN), le score des symptômes neurologiques (SSN) et la vitesse de conduction nerveuse.

Une prévalence qui pourrait atteindre 95 % dans le diabète de type 2 !

Le QST complet a conduit à une prévalence de la neuropathie de 71 % en cas de prédiabète, versus … 95 % en cas de diabète de type 2. Pour sa part, le SDN avait donné des valeurs bien plus faibles, respectivement 11 % et 63 %. La VCN aurait abouti à passer à côté de 58 % des cas de neuropathies. L’atteinte des fibres petites et moyennes s’est avérée similaire dans les deux groupes en termes de prévalence. En revanche, l’atteinte des grosses fibres est apparue plus fréquente dans le diabète de type 2 (p < 0,01). Une perte fonctionnelle complète affectant toutes les fibres et témoignant d’une neuropathie profonde a été constatée chez 26 % des patients atteints d’un diabète de type 2 versus 11 % en cas de prédiabète (p<0,05). L’hyperalgésie s’est avérée un peu plus fréquente au cours du prédiabète, soit 57 % vs 43 % (NS). Cependant, seul le SSN a été significativement associé aux déficits concernant les grosses fibres. Les analyses par régression logistique multiple ont permis d’identifier deux variables indépendantes significativement associées à la neuropathie : l’âge (Odds ratio OR = 1,14 [intervalle de confiance à 95 % IC95%, 1,05/1,24]) d’une part, l’albuminurie (OR 12,8 [IC95% 1,52/107,3]), d’autre part.

Cette étude transversale qui porte sur un effectif restreint suggère que la prévalence de la neuropathie diabétique est largement sous-estimée si l’on se réfère aux tests cliniques relevant de la pratique courante. Le recours au QST dans sa forme complète donnerait une plus juste idée du problème. Cette approche suggère par ailleurs que l’âge et l’albuminurie sont significativement associés à la neuropathie, ce qui n’est pas le cas de l’HbA1c. Des résultats qui pourraient déboucher sur une meilleure compréhension de cette complication redoutable de par les douleurs neuropathiques et les troubles trophiques qu’elle engendre, réputés pour les difficultés de leur prise en charge.

Dr Philippe Tellier

Référence
Kopf S et coll. Deep phenotyping neuropathy: An underestimated complication in patients with pre-diabetes and type 2 diabetes associated with albuminuria. Diabetes Res Clin Pract. 2018 ; 146:191-201.

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