Le trouble affectif saisonnier, vraiment spécifique ?

À chaque passage à l’heure d’hiver, un « marronnier » agite la presse grand public : l’influence récurrente du changement d’heure et, plus largement, des variations saisonnières, sur la santé physique et mentale. Mais cette préoccupation n’est pas absente de la littérature médicale, comme le montre le cas du « trouble affectif saisonnier » (TAS).

Assimilé dans le DSM-5 à un « trouble dépressif à tendance saisonnière », le TAS est un type de dépression où la périodicité semble liée à un facteur saisonnier. Mais sa spécificité est difficile à confirmer car il peut « se chevaucher avec d’autres formes de dépression, en particulier le trouble dépressif majeur » (TDM). Exploitant des données cliniques et relatives au profil cognitif de 4 554 sujets (âgés de 18 à 97 ans), une étude réalisée à Helsinki (Finlande) compare la symptomatologie du TAS à celle de deux autres troubles dépressifs, la « dysthymie » et le TDM.

Chevauchement avec la dysthimie et la dépression majeure

Les participants ont été interrogés en utilisant le Questionnaire d’évaluation des tendances saisonnières (Seasonal Pattern Assessment Questionnaire, SPAQ)[1], l’échelle de dépression de Beck (Beck Depression Inventory, BDI)[2] et d’autres outils d’évaluation cognitive et clinique. Les sujets avec dysthymie présentent des « déficits majeurs » dans les profils cognitifs et cliniques, comparativement aux témoins et aux sujets avec TAS ou avec TDM. Malgré des comorbidités généralement « légères » dans le TAS, les participants avec cette étiquette diagnostique ont des déficits cognitifs « similaires » à ceux des sujets dits dysthymiques et même « des déficits plus importants que dans le TDM. »

Ce dernier constat est paradoxal, vu la connotation de gravité clinique attachée au TDM, comme son nom l’indique. En fait, il existe probablement « dans certaines circonstances, un chevauchement » entre ces trois types de troubles dépressifs : le TAS, le TDM et la dysthymie. En définitive, estiment les auteurs, les sujets avec TAS présentent un profil clinique et cognitif « différent », relativement aux patients avec une autre forme de dépression (en particulier le TDM). Et un résultat inattendu de cette étude concerne cette mise en évidence de « certaines déficiences cognitives déjà présentes » lors d’un TAS, même si la symptomatologie clinique est apparemment moins grave dans ce cas.

[1] http://www.ubcmood.ca/sad/spaq-sad.pdf
[2] http://www.unafam.info/87/img/echelle-beck.pdf

Dr Alain Cohen

Référence
Morales-Muñoz I et coll.: Differences in clinical and cognitive variables in seasonal affective disorder compared to depressive-related disorders: Evidence from a population-based study in Finland. European Psychiatry 2017 ; 44 : 9–16.

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