Tenir compte de l’âge pour proposer la biopsie du ganglion sentinelle dans les mélanomes fins

La plupart des mélanomes sont diagnostiqués au stade T1 (moins de 1 mm d’épaisseur) et considérés comme de bon pronostic. Mais un certain nombre d’entre eux métastasent, et, étant donné le grand nombre de ces tumeurs, la mortalité due aux mélanomes fins est en réalité plus importante que celle due aux mélanomes plus épais. Ainsi, comme l’indiquent VK Sondak et al dans un éditorial, qui commente l’étude dont il va être question plus loin, la controverse fait rage au sujet des indications de la biopsie du ganglion sentinelle (BGS) chez ces patients. Actuellement, les recommandations américaines sont de proposer (et discuter) une BGS au-delà de 0,8 mm d’épaisseur. Ces recommandations se basent sur un taux de positivité de 5 %, considéré comme raisonnable, en tenant compte de nombreux arguments que je ne détaille pas ici.

Moins bon pronostic des mélanomes fins chez les sujets jeunes

L’étude de AJ Sinnamon et coll. pourrait contribuer à modifier les recommandations officielles. Les auteurs ont analysé le résultat de la BGS chez 8 772 patients opérés d’un mélanome fin, entre 0,5 et 1 mm d’épaisseur. Les caractéristiques de ces mélanomes sont indiquées en détail, mais le plus important concerne l’âge des patients. Le taux global de positivité de la BGS a été de 3,8 %. Mais si on analyse les résultats plus en détail, on voit une nette différence en fonction de l’âge, les métastases ganglionnaires étant plus fréquentes chez les sujets jeunes. Ainsi, les patients de moins de 40 ans qui avaient un mélanome de moins de 0,76 mm d’épaisseur ont un taux de positivité de 5,6 %, ce qui signifie qu’ils sont des candidats raisonnables à la BGS, contrairement aux recommandations actuelles. Par contre, les patients âgés de plus de 65 ans qui avaient une tumeur de plus de 0,76 mm, et à qui on pourrait donc actuellement recommander la BGS, ont un taux de positivité de 3,9 %, ce qui veut dire qu’il vaut mieux la leur éviter.

Au-delà des statistiques, le message essentiel est qu’il convient de tenir compte de l’âge pour proposer une BGS, d’autant que les éventuelles complications sont aussi dépendantes de l’âge. En attendant que des marqueurs génétiques ou moléculaires nous aident à mieux prédire le potentiel métastatique des mélanomes, le moins bon pronostic des mélanomes fins des sujets jeunes mérite d’être pris en considération.

Dr Daniel Wallach

Références
Sinnamon AJ, Neuwirth MG, Yalamanchi P et coll. : Association Between Patient Age and Lymph Node Positivity in Thin Melanoma.
JAMA Dermatol 2017;153: 866-873.

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