On ne prescrit pas assez de statines après un AVC

Dans les suites immédiates et plus lointaines d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique, la correction des facteurs de risque cardiovasculaire est impérative et une prescription de statines est fortement recommandée, avec un objectif en termes de LDL-C qui est celui relevant de la prévention secondaire, soit < 0,55 g/l selon les recommandations en vigueur. Cette stratégie thérapeutique qui a fait la preuve de son efficacité est-elle pour autant adoptée sans restriction ? Une étude de cohorte finlandaise rétrospective, basée sur des registres nationaux, apporte une réponse négative à cette question en mettant par ailleurs en exergue l’impact pronostique de ces défaillances.

Au total, ont été inclus 59 588 patients victimes d’un AVC ischémique récent, recrutés au sein de vingt centres hospitaliers répartis sur le territoire national. Les informations recueillies au sein des divers registres portaient sur les admissions en milieu hospitalier, la mortalité, les cancers diagnostiqués, ainsi que la nature et l’observance de l’intégralité des traitements prescrits après l’AVC. La prise de statines a été évaluée tous les 90 jours. Deux groupes ont été constitués selon la prise ou non de statines et appariés selon la méthode du score de propension avec une pondération inverse de la probabilité d’être traité en fonction des comorbidités, des autres médicaments prescrits et de procédures de revascularisation à la phase aiguë de l’AVC. La durée médiane du suivi a été de 5,7 années.

Des conséquences sur la mortalité

Près d’un patient sur trois (27,1 %) n’a reçu aucune statine dans les 90 jours qui ont suivi la sortie du milieu hospitalier, les femmes et les sujets âgés étant particulièrement concernés. Au terme du suivi qui a atteint au maximum 12 années, la situation n’avait guère évolué, 36 % des patients échappant aux statines. L’absence de traitement par statine dans les 90 jours après l’hospitalisation a été associée à une mortalité à un an plus élevée soit 7,5 % versus 4,4 % en cas de prise de statines, ce qui correspond à un hazard ratio [HR] de 1,74 [intervalle de confiance à 95 % IC, 1,61-1,87]). Les chiffres correspondants au terme de 12 ans de suivi étaient respectivement de 56,8 % et 48,6 %, le HR étant alors estimé à 1,37 [IC, 1,33-1,41]).

L'incidence cumulée des événements cérébrovasculaires ou cardiovasculaires majeurs s’est également avérée plus élevée à un an (HR, 1,36 [IC, 1,29-1,43]) comme à 12 ans (HR, 1,21 [IC, 1,18-1,25]) dans le cadre de la même comparaison intergroupe. L'utilisation précoce des statines n'a pas en revanche été associée à un surrisque d’AVC hémorragique. L'absence de statine en cours de suivi a été associée à une surmortalité significative à la lueur d’une analyse multivariée ajustée, le HR ajusté étant de fait estimé à 3,03 [IC, 2,96-3,23]).

L'absence de traitement par une statine après un AVC ischémique est une éventualité fréquente qui concerne de fait environ un patient sur trois. Cette carence semble avoir un impact négatif sur le pronostic vital tant à moyen qu’à long terme, étant entendu que ces résultats émanent d’une étude de cohorte rétrospective basée sur des registres nationaux. Il n’en reste pas moins qu’ils vont dans le sens des résultats d’essais randomisés qui plaident en faveur du recours aux statines dans une démarche de prévention secondaire validée.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Aivo J et coll. : Lack of Statin Therapy and Outcomes After Ischemic Stroke: A Population-Based Study. Stroke 2023: 54:781–790.doi.org/10.1161/STROKEAHA.122.040536Stroke.

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