Recueil des urines du nourrisson pendant le jet : pas si simple !

Les infections urinaires sont fréquentes avant 5 ans et concernent de 5 % à 7 % des enfants fébriles. La prescription d’antibiotiques doit alors s’appuyer sur les résultats de l’analyse des urines. Cependant, chez le nourrisson, les modes de recueil ne font pas l’objet d’un consensus. Les uns, comme la poche, comportent un nombre notable de faux positifs, les autres, comme le cathétérisme et la ponction sus-pubienne, sont invasifs et requièrent une expérience. Le recueil au jet est préconisé chez les patients qui ont un contrôle sphinctérien, mais cette pratique se heurte à des difficultés pour les plus petits. Cependant, les recommandations britanniques préconisent ce mode de recueil chez tous les enfants, sauf en cas d’impossibilité. Des pédiatres australiens de Melbourne ont évalué le recueil au jet, de façon prospective, aux urgences hospitalières, chez 217 enfants âgés de 2 à 48 mois. Leur âge médian était de 10 mois (différence interquartile : 6-18) et 86 (40 %) étaient des filles. Les indications de l’examen cytobactériologique des urines étaient une fièvre isolée (127 cas, 59 %), des vomissements (31 cas, 14 %), une suspicion d’infection urinaire (24 cas, 13 %) et d’autres motifs variés. Le protocole du recueil des urines a été expliqué au cours de réunions des équipes des urgences (93 personnes). Après désinfection, le parent ou le soignant était pourvu d’un flacon stérile et attendait la miction.

30 minutes d’attente

Au total, 247 tentatives ont été effectuées. Pour la première, le temps médian pour une collecte a été de 30,5 min (intervalle interquartile : 11-66) ; seulement 27 nourrissons (12 %) ont uriné en 5 min. La collecte a été considérée comme un succès dans 64 % des cas (IC : 58-70 %) et 74 % après plusieurs tentatives ; la miction a raté le flacon dans 16 % (IC : 11-20 %) des cas et la tentative a été abandonnée dans 20 % des cas (IC : 15-26 %). Finalement, 22 enfants (10 %) ont eu un prélèvement par une méthode invasive. Sur les 160 spécimens obtenus, 129 ont été mis en culture et 50 (39 %) étaient contaminés ; 10 (8 %) avec un seul pathogène correspondaient à une infection urinaire. Les filles avaient plus d’urine contaminée que les garçons (53 % versus 32 %, p=0,02). Le taux de contamination était aussi plus élevé chez les enfants âgés de 2 à 6 mois. Le risque n’augmentait pas avec le temps passé pour la collecte.

En conclusion, le recueil au jet chez les petits enfants prend beaucoup de temps, conduit souvent à un échec ou à des urines contaminées. Globalement, la chance d’obtenir un échantillon interprétable est de l’ordre de 45 %.


Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Tosif S et coll. : Clean catch urine collection: time taken and diagnostic implication. A prospective observational study. J Ped Child Health 2017 ; 53 : 970-975.


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