Risque de néphropathie diabétique : attention aussi aux fluctuations des paramètres biologiques

Les fluctuations de la pression artérielle systolique (PAS) ou diastolique (PAD) et des taux sériques d’ HbA1c ont été associées au risque de néphropathie diabétique. Même si le lien de causalité n’est pas établi, le doute existe et la variabilité d’autres paramètres biologiques mérite d’être étudiée. C’est là l’objectif d’une étude multicentrique italienne dans laquelle ont été inclus des patients diabétiques : (1)  4 231 chez lesquels a été évalué le risque de survenue d’une albuminurie ; (2) 7 560 chez lesquels a été pris en en compte une baisse significative du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe < 60 ml/min/1,73 m2).

Leur sélection s’est faite au sein d’une base de données nationale, en l’occurrence l’Associazione Medici Diabetologi (AMD). Les données suivantes, mesurées à plusieurs reprises (≥ 5 fois) pour juger de leur variabilité dans le temps  ont été prises en compte : PAS et PAD, HbA1c, taux de cholestérol total, taux de HDL et LDL-cholestérol, uricémie, taux de triglycérides. Le suivi a atteint jusqu’à 5 années. L’impact des fluctuations de ces variables sur le risque de néphropathie diabétique a été évalué par une analyse multivariée des risques proportionnels selon le modèle de Cox et des techniques de partitionnement récursif.

Tenir compte des variations de l’HbA1c, des lipides et de l’uricémie

La distribution des variations des paramètres précédemment évoqués a été segmentée en quartiles. La comparaison interquartile (supérieur versus inférieur) a permis de confirmer une association significative entre les fluctuations de l’HbA1c et le risque de survenue d’une albuminurie sur le long terme, le hazard ratio (HR) étant en effet estimé à 1,30 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,10-1,60). Les fluctuations des autres variables, qu’il s’agisse de la PAS, de la PAD, des taux de HDL-C  ou de LDL-C et de l’uricémie ont été, pour leur part, associées à la baisse significative du DFGe. Les variations de l’uricémie ont été particulièrement prédictives de cette évolution biologique, le HR étant en effet estimé à 1,80 (IC, 1,30-2,40), toujours dans le cadre d’une comparaison interquartile. Il en a été de même en cas de haute variabilité concomitante des taux de HbA1c et de HDL-C, pour ce qui est de la survenue d’une albuminurie, avec un HR de 1,47 (IC, 1,17-1,84). Pour leur part, les fluctuations importantes de l’uricémie ont été associées à un risque maximal de déclin du DFGe (HR=1,54 ; IC, 1,17-1,84), de même que celles de la PAD (HR = 1,47; IC, 1,11-1,94).

Cette étude rétrospective qui porte sur un effectif conséquent attire une fois de plus l’attention sur l’influence des fluctuations de certaines variables cliniques ou surtout biologiques sur le risque de néphropathie diabétique. C’est le cas notamment pour la PAS et l’HbA1c, deux variables dont l’implication est déjà bien connue. Mais l’uricémie semble également intervenir. Il faut souligner que l’impact sur l’albuminurie et le DFGe diffère d’une variable à l’autre, ce qui ne fait qu’épaissir le mystère autour de ces associations qui ne sont en rien assimilables à des liens de causalité.

Dr Philippe Tellier

Références
Ceriello A et coll. Variability in HbA1c, blood pressure, lipid parameters and serum uric acid, and risk of development of chronic kidney disease in type 2 diabetes. Diabetes Obes Metab., 2017 ; 19: 1570-1578.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article