Des signes anatomopathologiques de haut risque pour les cancers colorectaux stade II B

Les cancers colorectaux (KCR) de stade II B sont N0 M0 comme les II A mais s’en distinguent en ce que la tumeur, non seulement envahit la sous-séreuse, mais aussi le péritoine viscéral (pT4a), voire un organe de voisinage (pT4b). La chimiothérapie (CT) n’est en règle pas justifiée sauf en présence de certains facteurs de risque (moins de 12 ganglions prélevés, tumeur indifférenciée, envahissement lymphovasculaire ou péri-neural), ou intervention en urgence pour occlusion ou péritonite.

Les auteurs japonais ont repris les dossiers de 80 malades (48 hommes) opérés dans leur centre pour un KCR II B (pT4a, N0) entre 1981 et 2012. Aucun n’a été opéré en urgence et aucun n’a reçu de CT pré ni postopératoire. Ils ont été suivis en moyenne pendant 6 ans et demi, et aucun n’a eu de complication majeure postopératoire.
Les pièces, colorées à l’hématoxyline-éosine et fixées dans le formol, ont été classées en 2 groupes en fonction de leur différenciation. On a défini comme « nécrose tumorale » (NT) la présence d’un noyau fragmenté, d’hématies ou de neutrophiles, comme « réaction imitant la maladie de Crohn » (RIMC) la présence d’agrégats lymphoïdes entourant une fibrose stellaire et comme invasion péri-neurale (IPN) l’existence de cellules tumorales le long des nerfs du plexus d’Auerbach.

Nécrose tumorale ou invasion péri-neurale sont de plus mauvais pronostic

Les KCR sans NT ni RIMC ni IPN ont été classifiés GA, ceux avec une de ces trois entités GB,  avec 2 GC et avec les 3, GD, et on a évalué la survie spécifique (SS) et globale (SG) de ces différents groupes.
La SS comme la SG ont  été trouvées significativement plus longues en cas de RIMC, et ont au contraire été abrégées en cas de NT ou de IPN, mais seulement en analyse univariée. D’autres facteurs entrent en jeu et notamment l’âge > 60 ans, qui réduit aussi la durée de survie. En analyse multivariée, la présence de NT réduit significativement la SG. Celle-ci est de 90 % à 6 ans dans les GA et GB, vs 75 % dans le GC et 40 % dans le GD.
Les cancers colorectaux de stade II B (pT4N0M0) sur les pièces histologiques desquels on trouve de la nécrose tumorale ou une invasion péri-neurale, mais pas d’agrégats lymphoïdes simulant la maladie de Crohn, mériteraient donc peut-être qu’on leur prescrive une radio-chimiothérapie.
 

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Komori K et coll. : Histopathologic risk stratification of stage IIB colorectal cancer. Surgery Today 2017; 4: 934-939.

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