Pourquoi les praticiens abandonnent-ils une intervention chirurgicale au profit d’une autre ?

De nombreux travaux sont régulièrement consacrés à la façon dont sont adoptées les innovations technologiques en matière de santé. Beaucoup moins bien connus sont les mécanismes qui conduisent les praticiens à réduire ou à abandonner une procédure déclarée néfaste ou supplantée par une autre, estimée plus favorable. A cet égard, une équipe états-unienne vient de s’intéresser à l’évolution de la pratique de la revascularisation carotidienne qui, depuis son introduction dans les années 1970, fait l’objet de controverses. La prise en charge médicale des sténoses carotidiennes a en effet depuis prouvé son efficacité (statines, antiplaquettaires, contrôle strict de la pression artérielle et du diabète) dans ce domaine.

Ce travail s’est appuyé sur des données recueillies entre 2006 et 2013 concernant les pratiques de plus de 9 000 praticiens. Pendant cette période, le nombre des revascularisations carotidiennes a considérablement diminué, de plus d’un tiers. Cette réduction a porté aussi bien sur les endartériectomies que sur la pose de stents. Il ne s’agit toutefois pas d’un abandon de la pratique pour la majorité des praticiens, mais d’une réduction du nombre d’interventions réalisées.

Des motifs très personnels

Des caractéristiques propres aux praticiens semblent présider à cette réduction. Ainsi, les intervenants les plus expérimentés (plus de 25 ans d’expérience) ont été plus prompts que les moins expérimentés à accepter de réduire leur pratique des revascularisations. Les chirurgiens thoraciques et vasculaires, pour lesquels ces interventions représentent une partie importante de l’activité, ont attendu plus longtemps pour procéder à leur réduction. Paradoxalement, alors que les données attestaient que la prise en charge chirurgicale ne bénéficiait pas aux plus de 80 ans ni aux patients asymptomatiques, les praticiens ayant les plus fortes proportions de patients de ces catégories ont été les plus tardifs à en réduire leur pratique.

Les auteurs concluent ainsi que la modification des pratiques vers la réduction ou l’abandon d’une procédure dépend plus étroitement de facteurs inhérents aux praticiens que des preuves fournies. Ils estiment que l’information visant à faire évoluer les pratiques vers des solutions de rechange doit identifier ces facteurs et en tenir compte.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Bekelis K et coll. : De-adoption and exnovation in the use of carotid revascularization: retrospective cohort study. BMJ 2017 ; 359 : j4695.

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