Et si on se trompait sur le lien entre marqueurs de la réserve ovarienne et fertilité

La FSH, l’hormone anti-müllerienne (AMH) et l’inhibine B sont des marqueurs de l’état de la réserve ovarienne, et malgré le manque de preuve d’un lien avéré, ils sont utilisés en routine comme marqueur de la fertilité. Mais est-ce justifié pour les femmes sans antécédent de problème de fertilité ? Ne serions-nous pas allés trop vite en faisant un raccourci entre marqueur et fertilité? C’est en tout cas la question que se sont posée les auteurs de cette étude américaine.

Leur étude prospective menée de 2008 à 2016 a porté sur 981 femmes de 30 à 44 ans, sans antécédent d’infertilité essayant de concevoir depuis moins de 3 mois.
Les auteurs ont étudié la probabilité cumulative de conception après 6 ou 12 cycles en fonction des dosages des 3 marqueurs : FSH sérique et urinaire, inhibine B sérique, et  AMH sérique.

Pas de différence de fertilité en fonction des taux d’AMH, FSH, inhibine B

Après ajustement selon l’âge, l’IMC, l’origine ethnique, le tabagisme, l’utilisation récente de contraceptif hormonal, les femmes dont le taux d’AMH était bas, < 0,7 ng/mL [n = 84] n’avaient pas de différence significative quant au taux de conception au bout de 6 cycles (65 % ; intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] : 50 %-75 %) comparativement aux femmes avec des valeurs normales d’AMH (62 % ; IC 95 %  : 57 %-66 %). Les résultats sont similaires après 12 cycles : 84 % (IC 95 % : 70 %-91 %) versus 95 %  (IC 95 % : 70 %-79 %).

Les femmes avec des taux de FSH > 10 mIU/mL [n  =83] n’avaient pas non plus de différence significative de taux de conception après 6 cycles (63 % ; IC 95 % : 50 %-73 %) comparativement aux femmes avec un niveau normal (62 % ; IC 95 % : 57 %-66 %). Après 12 cycles, on ne note pas de différence également : 82 % (IC 95 %  : 70 %-89 %) versus 95 % (IC 95 %  : 70 %-78 %).

Enfin, il n’y a pas de différence significative en cas de FSH urinaires > 11,5 mIU/mg de créatinine [n = 69] après 6 cycles : 61 % (IC 95 % : 46 %-74 %) versus 62 % (IC 95 %  : 72 %-80 %) ou 12 cycles : 70 % (IC 95 %  : 54 %-80 %) versus  76 % (IC 95 %  : 72 %-80 %).

Les niveaux d’inhibine B n’étaient pas non plus associés à la fertilité.

Des mécanismes compensatoires ?

La réserve ovarienne et la fertilité diminuent avec l’âge, cependant d’autres facteurs que la réserve quantitative interviennent. En effet, les auteurs expliquent qu’il est possible qu’un faible taux d’AMH puisse permettre à une plus grande proportion du reste du pool de s’activer et de devenir des follicules en croissance. De plus, une FSH élevée pourrait entraîner une ovulation multi folliculaire.

Cependant, cette étude n’a porté que sur des femmes n’ayant pas de problème de fertilité. La démarche et le suivi sont différents en cas de problème de conception.
De plus la cinétique de décroissance n’a pas été prise en compte.

Ainsi, dans une population de femmes sans antécédent âgées de 30 à 44 ans, la diminution des biomarqueurs de la réserve ovarienne n’est pas associée à une diminution de la fertilité et les marqueurs tels que l’AMH devraient être utilisés avec prudence pour l’évaluation de la fertilité.

Dr Sylvie Coito

Référence
Steiner AZ et coll. : Association Between Biomarkers of Ovarian Reserve and Infertility Among Older Women of Reproductive Age. JAMA. 2017; 318: 1367-1376. doi: 10.1001/jama.2017.14588.

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