Un risque plus élevé de diabète pour les femmes ménopausées précocement

Selon certaines études épidémiologiques, une ménopause trop précoce ou trop tardive augmenterait le risque de diabète de type 2. De fait, la durée de la vie reproductive influe-t-il réellement sur ce risque ? La question mérite d’être posée, car les données à ce sujet ne sont pas si nombreuses. C’est l’étude WHI (Women’s Health Initiative) qui a principalement attiré l’attention sur l’association entre âge de la ménopause et risque de diabète de type 2, ce qui est insuffisant pour la considérer comme bien établie et a fortiori assimilable à un lien de causalité. Une autre étude de cohorte prospective mérite d’être rapportée, en l’occurrence la Rotterdam Study dans laquelle ont été incluses 3 639 femmes ménopausées. L’âge lors de la ménopause (naturelle) a été rétrospectivement pris en compte à partir d’autoquestionnaires et traité de deux façons : d’abord, en tant que variable continue, puis en tant que variable catégorielle.

Quatre catégories ont été ainsi distinguées en fonction de l’âge de la ménopause : prématurée (< 40 ans), précoce (40-44 ans), normale (45-55 ans) et tardive (> 55 ans). Le diabète de type 2 a été diagnostiqué à partir des observations médicales et des estimations régulières de la glycémie, effectuées à l’occasion des visites inscrites dans le programme de la Rotterdam Study. Le risque de diabète, en fait les hazard ratios (HRs) avec leurs intervalles de confiance à 95 % (IC), ont été calculés au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox, avec ajustement selon les facteurs de confusion traditionnels potentiels. Un ajustement supplémentaire a été effectué au travers de la prise en compte des variables cliniques et biologiques suivantes qui pouvaient au demeurant intervenir dans l’éventuelle association en tant que facteurs de causalité : obésité, C-reactive protein (CRP), glycémie et insulinémie, taux plasmatiques d’estradiol total et d’androgènes.

Un marqueur de risque indépendant

Au cours d’un suivi d’une durée médiane de 9,2 années, ont été détectés 348 cas de diabète de type 2. Après ajustement en fonction des facteurs de confusion potentiels, les HRs ont varié en fonction des catégories de ménopause précédemment définies, en sachant qu’ils ont été calculés par rapport à la catégorie ménopause « tardive » : (1) prématurée : HR = 3,7 (IC, 1,7-7,5) ; (2) précoce : HR = 2,4 (IC, 1,3-4,3) ; (3) normale : HR = 1,6 (IC, 1,0-2,8). La tendance observée s’est avérée être statistiquement significative, (p <0,001). Dans le cas de figure où l’âge à la ménopause a été traité comme une variable continue, le HR de diabète de type 2 a été estimé à 0,96 (IC, 0,94-0,98) par année d’âge en plus au moment de la ménopause. Les ajustements supplémentaires accomplis en fonction de l’indice de masse corporelle, du profil glycémique, des facteurs de risque métabolique, des taux de CRP et d’hormones sexuelles endogènes n’ont en  rien affecté l’association précédemment établie, pas plus que les facteurs génétiques.

Selon cette étude prospective, la survenue d’une ménopause naturelle prématurée ou précoce semble être un marqueur du risque ultérieur de diabète de type 2, indépendamment des autres facteurs de risque traditionnels et moins classiques. A la différence de la WHI, le calcul des HRs a été effectué en prenant comme référence l’âge tardif de la ménopause, ce qui peut expliquer les discordances entre les deux études.

Dr Philippe Tellier

Référence
Muka T et coll. Age at natural menopause and risk of type 2 diabetes: a prospective cohort study. Diabetologia. 2017;60 : 1951-1960.

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