Intérêt pronostique du volume plaquettaire dans le cancer du rein non métastatique

Dans le cancer du rein (CR) localisé, le pronostic après chirurgie curative peut être affiné et le traitement personnalisé par des outils biologiques, tels que la concentration moyenne en hémoglobine ou des marqueurs de l’inflammation. La mise en évidence du rôle des plaquettes dans la carcinogenèse a focalisé l’intérêt sur leur taille, mesurée par le volume moyen plaquettaire (VMP), dont on a déjà démontré que son altération était corrélée à un mauvais pronostic dans certains cancers du poumon. Les auteurs ont étudié ici l’interaction entre VMP et CR non métastatique.
De 2005 à 2013, les dossiers de 652 malades (399 d’hommes), opérés d’un CR localisé à Graz (Autriche) ont été revus, le VMP ayant été mesuré au cours de la semaine préopératoire. Une néphrectomie partielle a pu être pratiquée chez 314 d’entre eux (48 %) et 81 % avaient des CR à cellules claires.

On constate que les malades, chez lesquels le VMP était <9,5, avaient plus de risque d’avoir des tumeurs plus importantes et donc de subir des néphrectomies totales, d’avoir un grade de Fuhrman élevé (membrane nucléaire irrégulière, noyaux volumineux, cellules se multipliant rapidement), avec des éléments sarcomatoïdes et un envahissement vasculaire. De plus, les patients à VMP bas avaient souvent davantage de plaquettes, un taux d’hémoglobine réduit, et un taux protéine C-Réactive élevé.

VMP abaissé : un nouveau marqueur pronostique ?

La durée moyenne de surveillance a dépassé 6 ans. Au cours de ce suivi, il y a eu 66 apparitions de métastases et une récidive locale. Il y a également eu 101 décès, dont 30 imputables au CR localisé et 71 à des causes intercurrentes. Le taux de récidives-métastases à 5 ans a été estimé à 9 %. A 10 ans, le risque de décès par CR a été estimé à 6,8 %.

En cas de de récidive ou de métastases, le VMP était significativement plus bas que chez les autres patients, avec 20 % de récidives en-deçà du seuil de 10,2 vs 8 % au-delà, ce qui se confirme en analyse multivariée, après ajustement en fonction de l’envahissement vasculaire ou de composantes sarcomatoïdes.

Pour conclure, le VMP pourrait être utilisé comme un marqueur pour reconnaître les patients à haut risque de récidives. De plus Le VMP est inversement corrélé au nombre de plaquettes, un chiffre élevé compensant en quelque sorte le mauvais augure d’un VMP abaissé. Ce dernier est associé à une mortalité spécifique majorée, mais la mortalité par autres causes ne varie pas en fonction du VMP. Enfin, le VMP est aussi abaissé dans les CR non à cellules claires (papillaires, chromophobes, etc.) mais il n’a alors pas la même valeur pronostique.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Seles M. et coll. : Blood platelet volume represents a novel prognostic factor in patients with non metastatic renal cell carcinoma and improves the predictive ability of established prognostic scores. J Urol 2017 ; 198 : 1247-1252.

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