Le taux de saturation de la transferrine a un impact pronostique dans la myélofibrose

La majorité des néoplasies myéloprolifératives (NMP) Philadelphie négative ont une mutation Jak2, CALR ou MPL entraînant d’une activation constitutive de la voie de signalisation Jak/STAT, responsable d’une activité myéloproliférative et d’une atmosphère hautement inflammatoire. La myélofibrose primitive (MFP) est la NMP la plus agressive et qui a le plus haut risque de transformation en leucémie aiguë et de décès. Ce risque de décès au cours de la MFP peut être évalué par le score IPSS (International Prognosis Scoring System) au diagnostic et par le score DIPSS (Disease IPSS) au cours de la maladie. Ces systèmes pronostiques tiennent compte de l’âge, d’un chiffre de globules blancs élevé, d’une hémoglobine basse, de la présence de blastes circulants et de signes généraux. Le DIPSS-plus prend aussi en compte comme facteurs pronostiques négatifs la dépendance transfusionnelle, la thrombopénie, un caryotype défavorable.

Le métabolisme du fer est perturbé dans les NMP Ph négatives du fait de la dérégulation de l’expression de cytokines pro-inflammatoires. L’hepcidine est produit en excès dans la MFP et son taux élevé ainsi que la ferritine élevée ont été démontrés comme étant des facteurs pronostiques indépendants de moins bonne survie. L’hepcidine réduit la disponibilité du fer par l’intermédiaire d’une diminution du taux de saturation de la transferrine (TST). Dans le contexte d’une infection néoplasique/inflammatoire, un TST < 20 % est considéré comme traduisant un déficit fonctionnel en fer, malgré un taux normal ou augmenté de ferritine. Ce phénomène a pour conséquence une limitation de l’érythropoïèse induite par le manque de fer, entraînant une aggravation de l’anémie.

Les auteurs examinent le TST dans une population de 87 patients atteints de myélofibrose (64 MFP, 23 myélofibroses secondaires [MFS] post-polyglobulie de Vaquez ou post-thrombocytémie essentielle). L’âge médian est de 67 ans. Le TST médian est de 24,5 %, sans différence significative entre MFP et MFS (25,3 % vs 23,5 %).

1/3 des patients ont un déficit fonctionnel en fer avec un impact pronostique négatif

Un total de 32,2 % de patients et 33,5 % de ceux pour lesquels le diagnostic vient d’être posé ont un TST < 20 %, attestant d’un déficit fonctionnel en fer chez 1/3 des patients atteints de MF. Une diminution du TST est associée à une mutation Jak2 (22 %), à une indépendance transfusionnelle (23,2 %), à un chiffre de plaquettes élevé, à une ferritine basse, un taux de polynucléaires élevé. Il n’y a pas d’association avec l’hémoglobine, le degré de fibrose médullaire, le score DIPSS. Les patients atteints de MFP ayant un TST< 20 % ont une survie globale plus courte (p = 0,017), alors qu’il n’y a pas de différence de survie  selon le TST dans les MFS.

Les MFP et MFS qui ont une ferritine élevée (> 686 µg/l) ont survie globale inférieure.

Ainsi une surcharge en fer a un effet pronostique négatif dans les MFP comme dans lesMFS, alors qu’une carence enfer n’a pas le même effet préjudiciable sur la survie dans les MFP et les MFS.

Dans une analyse multivariée, un faible TST, une hémoglobine basse, une dépendance transfusionnelle sont des facteurs indépendants de moins bonne survie. Cet impact pronostique d’un faible TST est retrouvé dans le sous-groupe des patients transfusion-indépendants. Dans une analyse incluant TST < 20 %, ferritine > 686 µg/l,  dépendance transfusionnelle, seul le TST < 20% reste associé à une moins bonne survie. Lorsqu’on compare ce TST < 20 % à chaque composant du score DIPSS, le TST bas garde sa signification pronostique.

Au total cette étude indique qu’un faible TST a un effet négatif sur la survie des patients atteints de MFP. Cet effet est indépendant de l’anémie et du taux de ferritine qui est un meilleur critère de surcharge en fer chez ces patients. Ce phénomène concerne 1/3 des MFP et ces patients ne sont pas habituellement considérés comme à risque élevé de décès. Le TST diminué est un facteur de moins bonne survie indépendamment du score DIPSS. TST et ferritine sont corrélés et les patients à TST bas ont des réserves en fer réduites. Cependant la ferritine est de valeur limitée pour estimer le statut martial dans la MFP car elle peut être artificiellement élevée du fait de l’environnement inflammatoire. Un taux élevé d’hepcidine existe dans la MFP et contribue probablement à la diminution du TST. Par contre, le taux d’hepcidine est normal dans les MFS et la diminution du TST n’a pas la même valeur pronostique.

La question de savoir si les MFP avec faible TST bénéficient d’une supplémentation en fer reste en suspens.

Cette étude est intéressante mais a des limites : analyse rétrospective, faible nombre de patients, expérience unicentrique, valeurs de l’hepcidine non disponibles. Il n’y a pas d’explication sur le rôle pro-inflammatoire de l’environnement médullaire et splénique. Des études complémentaires sont nécessaires pour approfondir l’expression de l’hepcidine, de la ferritine et du TST et le recoupement de ces facteurs dans une population transfusion-dépendante et transfusion-indépendante.

Pr Gérard Sébahoun

Référence
Lucijani M et coll. :Prognostic implications of low transferrin saturation in patients with primary myelofibrosis. Leukemia Research, 2018, 66, 89-95

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article