Des hypersignaux de la substance blanche chez un sujet «sain»

Les hypersignaux de la substance blanche (HSB) sont fréquemment détectés sur l’IRM et leur découverte fortuite n’est pas sans poser problème dans la pratique médicale courante. Leur étiologie est souvent loin d’être évidente, même s’ils sont volontiers associés à des lésions vasculaires ou ischémiques sans que le lien de causalité soit pour autant établi. Si l’on ajoute que les causes peuvent être multiples et que leur signification clinique est souvent incertaine, la dimension du problème n’en apparaît que plus clairement. Bref, les HSB constituent une énigme médicale authentique qui explique un nombre considérable de publications. La plupart d’entre elles ont concerné des populations particulières, notamment des patients victimes d’un AVC ou atteints d’une maladie cérébrovasculaire constituée.

Une étude transversale de grande envergure mérite d’être rapportée car elle a concerné 3 159 sujets dits «sains», plus exactement en bonne santé apparente, dont l’âge moyen a été estimé à 56 ans. Tous les participants ont bénéficié, dans le cadre d’un check-up plutôt exhaustif, d’une IRM avec un temps angiographique.

L’existence d’une athérosclérose intracrânienne (AIC) a été évoquée devant la mise en évidence sur l’angio-IRM d’une occlusion artérielle ou, à défaut, d’au moins une sténose > 50 % sur les vaisseaux intracrâniens. Le volume des HSB a été quantifié (VHSB).

Association avec une athérosclérose intracrânienne

Au total, une AIC a été détectée chez 82 sujets (2,6 %). Le VHSB médian a été estimé à 1,02  [0,20-2,60] ml. Une analyse multivariée a mis en évidence une association significative entre AIC et VHSB, après ajustement en fonction des principaux facteurs de confusion  [β = 0,331, intervalle de confiance à 95 % (IC) = 0,086-0,576, p = 0,008. D’autres variables indépendantes se sont avérées prédictives de l’existence d’une AIC : (1) âge (β = 0,046, IC = 0,042-0,050, p < 0,001) ; (2) hypertension (β = 0,113, IC = 0,017-0,210, p = 0,021) ; (3) diabète (β = 0,154, IC = 0,043-0,265, p = 0,006). Chez les 82 sujets du groupe AIC (+), certains facteurs de risque cardiovasculaire se sont avérés plus fréquents que dans le groupe AIC (-), qu’il s’agisse de l’hypertension artérielle, du diabète ou encore des dyslipidémies révélées par la prise de statines. Ces tendances ont été majorées par la coexistence d’une AIC et d’HSB.

Cette étude transversale suggère que chez le sujet en bonne santé apparente, les HSB tendent à s’associer à une athérosclérose intracrânienne accessible à l’angio-IRM. Les facteurs de risque cardiovasculaire sont certainement à l’œuvre, mais leur rôle exact dans cette association inédite ne pourra être connu que par la surveillance de sujets caractérisés par un tel profil. Les études longitudinales s’imposent pour résoudre l’énigme des HSB qui reste entière, encore que cette association ouvre probablement des perspectives nouvelles.

Dr Philippe Tellier

Références
Nam KW et coll. : Cerebral white matter hyperintensity is associated with intracranial atherosclerosis in a healthy population. Atherosclerosis 2017 ; 265: 179-183.

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