Que se cache-t-il derrière les abcès du cou chez l’enfant ?

Les abcès au niveau des zones latérales cou sont relativement fréquents en pédiatrie. Ils se manifestent par un gonflement, un érythème, de la fièvre et des difficultés d’alimentation ; le diagnostic peut être retardé par l’absence de plainte quand il s’agit de petits enfants et un examen insuffisant. La confirmation est apportée par l’échographie. En pédiatrie, les causes sont dominées par les infections du tractus respiratoire supérieur, pas toujours évidentes. Les germes sont variés, les streptocoques et les staphylocoques étant prépondérants. Le traitement repose sur l’antibiothérapie (AB) IV et le drainage chirurgical. Les complications, abcès profonds, thromboses jugulaires, sont devenues exceptionnelles.

Des ORL de Würzburg et d’Aix La Chapelle rapportent une série rétrospective de 100 cas observés de 2009 à 2019 chez des patients de moins de 18 ans et qui ont été traités par AB et chirurgie. Le diagnostic a été confirmé dans tous les cas par échographie. Tous ont été traités initialement de façon empirique par amoxicilline et inhibiteur des β lactamases IV ou céphalosporine III et clindamycine ou métronidazole et incision et drainage sous anesthésie. Un petit drain a été laissé en place pour rinçages et antiseptiques.

Des foyers d’infection mis en évidence dans moins d’un tiers des cas

Pour 29/100 patients les foyers de l’infection ont été mis en évidence : les plus fréquents étaient les amygdales (9 cas), les végétations (3 cas) et des infections de la peau (3 cas), plus rarement les glandes salivaires (2), les hématomes (2), otites (2), dents (2) et spondylo-discite (1) ; les kystes du cou (5 cas) comprenaient les kystes de la fente branchiale et du tractus thyréoglosse. Les autres patients sans foyer identifié étaient en moyenne plus jeunes (3,34 vs 5,97 ans P=0,004) et avaient plus souvent une cause d’immunodépression comme un lymphome, la prématurité (21,1 % vs 3,5 % P=0,035).

La plupart des abcès siégeaient dans l’espace carotidien (62 cas) et sous-mandibulaire (28 cas), moins souvent dans l’espace cervical postérieur (4 cas), parotidien (4 cas), pré-vertébral (2 cas).

Les germes prédominants étaient les streptocoques β hémolytiques (22 cas) et viridans (9 cas) et les staphylocoques dorés (29 cas). Des mycobactéries (atypiques 4, BK 1) n’ont été isolées que dans 5 cas. Les cultures des prélèvements étaient négatives 9 fois (31 %) malgré un foyer reconnu et 16 fois (22,5 %) sans foyer, possiblement en raison d’antibiothérapie antérieure (67 % des cas). Dans un cas, l’examen histologique a identifié un lymphome B.

Le taux de récurrence des abcès a été de 10/100 nécessitant un second drainage, en particulier en cas de kystes et de mycobactéries.

Antibiothérapie et drainage chirurgical assurent la guérison

Au total, la durée d’antibiothérapie et d’hospitalisation a varié en moyenne de 8 à 10 jours ; dans 31% des cas les AB ont dû être adaptés mais seulement dans 2 cas en raison d’une bactérie multi-résistante ; le temps de drainage a été de 3 à 4 jours. Une chirurgie complémentaire a été plusieurs fois nécessaire : amygdalectomie (5/9), adénoïdectomie (3/3), paracentèse (2/2), ablation des kystes à distance, soins dentaires. Au total, aucune complication sévère n’a été observée.

En conclusion, les infections des voies aériennes supérieures sont les sources des abcès latéraux du cou mais le foyer initial est souvent méconnu. Les germes sont en majorité des pyogènes habituels. Le traitement par antibiothérapie IV et le drainage chirurgical assurent la guérison.

Pr Jean Jacques Baudon

Référence
Tecle N-E et coll. : Surgical management of lateral neck abscesses in children: a retrospective analysis of 100 cases. Eur J Pediatr., 2023;182:431-438

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