Un nouvel anticorps monoclonal pour la polyarthrite rhumatoïde

Dans certains cas, la réponse aux DMARDs (disease-modifying antirheumatic drug) puis aux anti TNF alpha est insuffisante ou ne se maintient pas sur le long terme dans la  polyarthrite rhumatoïde (PR). Il y a donc une place pour des médicaments innovants face à ce rhumatisme inflammatoire chronique à la fois fréquent et potentiellement invalidant. C’est là que pourraient intervenir certains anticorps monoclonaux doués d’une activité spécifique vis-à-vis de certains médiateurs impliqués dans les processus inflammatoires. Le sirukumab fait partie de cette classe pharmacologique, sa particularité au sein de celle-ci étant de se lier sélectivement avec une haute affinité à une cytokine réputée pour son activité pro-inflammatoire, en l’occurrence l’interleukine-6 (IL-6). Ce médicament en cours de développement est en priorité destiné à la PR et à d’autres maladies inflammatoires du même ordre.

Etude de phase 3 sur 878 patients

Une étude de phase 3,  randomisée et menée à double insu contre placebo sur groupes parallèles, dite SIRROUND-T, permet de se faire une idée de son efficacité et de son acceptabilité. Elle a inclus 878 patients atteints d’une PR provenant de 183 hôpitaux et centres privés répartis dans 20 pays du monde entier. Les critères d’éligibilité ont été les suivants : (1) âge ≥ 18 ans ; (2) PR évolutive avec plusieurs articulations sensibles ou enflées ; (3) absence de réponse (ou intolérance) à un traitement comprenant au moins un anti-TNF. Trois groupes ont été constitués : placebo (toutes les 2 semaines), 50 mg de sirukumab (toutes les 4 semaines) ou 100 mg (toutes les 2 semaines), dans tous les cas en plus du traitement par DMARD entrepris avant l’essai. L’anticorps monoclonal et le placebo ont été tous deux administrés par voie sous-cutanée.

A la 18ème semaine de l’essai, les patients traités par placebo ont été réaffectés à un groupe traité (50 ou 100 mg de sirukumab), dès lors que l’amélioration clinique était jugée non significative (le nombre d’articulations sensibles ou gonflées ayant diminué de moins de 20 %). Tous les autres patients du groupe placebo ont été, par la suite, réaffectés à la 24ème semaine à l’une des deux doses du médicament. Le principal critère de jugement était représenté par la proportion de patients présentant une amélioration clinique d’au moins 20 % (ACR20) à la 16ème semaine, selon les critères de l’American College of Rheumatology. L’analyse des données a été faite selon le protocole dans l’intention de traiter, donc sur tous les patients inclus par tirage au sort. L’acceptabilité a été évaluée chez tous les participants qui ont reçu au moins une dose du médicament.

Entre le 25 juillet 2012 et le 12 janvier 2016, 3 groupes ont été constitués et comparés : (1) placebo (n = 294) ; (2) sirukumab 50 mg toutes les 4 semaines (n = 292) ; (3) sirukumab 100 mg toutes les 2 semaines. Plus de la moitié des patients (60 %) avait reçu au préalable deux traitements biologiques ou plus  incluant des anti-TNF et moins d’un cinquième (19 %) ne recevait aucun traitement de fond à l’état basal.

Différence significative quant au taux de réponse ACR20 entre groupes traités et placebo

Une réponse ACR20 a été obtenue à la 16ème semaine chez 40 % des patients du groupe 2 (50 mg) versus 45 % dans le groupe 3 (100 mg) et 24 % dans le groupe 1 (placebo). Les différences intergroupe se sont avérées significatives en faveur des 2 groupe traités (p < 0,0001 versus placebo). L’incidence des évènements indésirables a été similaire dans les 3 groupes, respectivement 62 % (placebo), 66 % et 71 % (NS). Le plus fréquent à la 24ème semaine était un érythème au point d’injection : placebo (1 %), groupe 2 (8 %) et groupe 3 (14 %). A la 52ème semaine, après réaffectation des patients du groupe placebo aux groupes traités, c’est le même évènement indésirable qui a toujours dominé le tableau, soit 8 % (groupe 2) vs 16 % (groupe 3).

Cette étude de phase 3 suggère qu’un anticorps monoclonal anti-IL-6 peut être efficace et bien toléré chez les patients atteints d’une PR évolutive et difficile à traiter en raison de l’absence de réponse aux anti-TNF alpha ou encore d’une intolérance à ces médicaments. L’efficacité symptomatique est significative à l’aune des critères ACR et l’acceptabilité satisfaisante aux deux posologies utilisées (50 mg/4 semaines ou 100 mg/2 semaines), les seuls évènements indésirables se limitant à un érythème au point d’injection plus fréquent qu’avec le placebo, sans interruption de traitement.

Dr Philippe Tellier

Référence
Aletaha D et coll. : Efficacy and safety of sirukumab in patients with active rheumatoid arthritis refractory to anti-TNF therapy (SIRROUND-T): a randomised, double-blind, placebo-controlled, parallel-group, multinational, phase 3 study. Lancet 2017: publication avancée en ligne le 15 février. doi.org/10.1016/S0140-6736(17)30401-4

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