Un risque accru d’HTA après une lithotritie extracorporelle ?

La lithotritie extracorporelle (LEC) née dans les années 80 est une technique peu invasive largement utilisée dans le traitement de la lithiase rénale, selon des indications assez bien définies. Elle est en règle bien tolérée et les ondes de choc acoustique de haute énergie vont fragmenter le calcul en deux à trois séances  en fonction de sa taille, avec un succès principalement conditionné par sa localisation, sa nature, sa forme et ses dimensions.

Certaines études déjà anciennes ont abordé les risques à long terme de la LEC avec des conclusions variables. L’une d’entre elles, la plus récente qui date de la fin des années 2000, a évoqué la survenue possible d’une HTA ou d’un diabète dans les 19 ans qui ont suivi le geste, mais dans la mesure où il s’agit d’une étude cas-témoins, le doute est légitimement permis, d’autant que les odds ratios (ORs) étaient élevés (3,23 pour le diabète). Les facteurs de risque étaient représentés par une LEC bilatérale pour l’HTA, et pour le diabète, par le nombre de séances et l’intensité des chocs acoustiques.

Une étude publiée dans Hypertension et réalisée à Taiwan permet d’actualiser le propos. Elle repose sur l’exploitation d’une base de données, en l’occurrence la  Taiwanese National Health Insurance Research Database, qui a permis de sélectionner 20 219 patients âgés de 18 à 65 ans. Tous ont bénéficié de l’ablation inaugurale d’un calcul du haut appareil urinaire par LEC externe ou par lithotritie endoscopique (LEN) – par urétéroscopie -  entre janvier 1999 et décembre 2011.  Le modèle des risques proportionnels de Cox a été utilisé pour rechercher des associations entre ces gestes et la survenue d’une HTA ou d’un diabète, en tenant compte du nombre de chocs et de séances.

Corrélation avec le nombre de chocs et de séances

Au terme d’un suivi d’une durée médiane de respectivement 74,9 et 82,6 mois, 2 028 patients du groupe LEC ont développé une HTA, versus 688 dans le groupe LEN. Après ajustement en fonction des covariables pertinentes et des facteurs de confusion potentiels, le risque d’HTA est apparu plus élevé dans le groupe LEC, le hazard ratio (HR) étant en effet estimé à 1,20 (intervalle de confiance à 95 %, 1,10-1,31). Ce risque qui s’est avéré corrélé au nombre de chocs et de séances s’est manifesté tout au long du suivi. En revanche, pour ce qui est du diabète, aucune différence intergroupe significative n’a été décelée, même en tenant compte du nombre de chocs acoustiques.

La LEC serait associée à une augmentation du risque d’HTA à long terme. Cette hypothèse reste cependant à confirmer car l’exploitation d’une base de données aussi vaste soit-elle relève de l’approche rétrospective, d’ailleurs du type cas-témoins, qui ne permet pas de corriger les nombreux facteurs de confusion à l’œuvre dans la survenue d’une HTA sur le long terme. Le lien de causalité reste donc à établir, mais le risque de diabète évoqué dans une étude ne semble pas ici se confirmer. En attendant des études avec un niveau de preuve plus élevé, il semble prudent de limiter le nombre de séances de LEC ou de recourir à la LEN quand cela est possible ou préférable. 

Dr Philippe Tellier

Référence
Huang SW et coll. Increased Risk of New-Onset Hypertension After Shock Wave Lithotripsy in Urolithiasis: A Nationwide Cohort Study.Hypertension. 2017; 70: 721-728.

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