A la rencontre de quatre sous-types de maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative progressive qui se caractérise par une grande diversité de signes tant moteurs que non moteurs pour lesquels il n’existe aucun traitement curatif. La plupart des médicaments nouveaux en cours d’évaluation n’ont pas franchi le cap des essais de phase III, mais d’autres molécules sont dans le pipeline. L’hétérogénéité et la complexité de la maladie doivent être soulignées car elles compliquent assurément la recherche thérapeutique. Cette hétérogénéité se manifeste sur le plan de la présentation clinique en termes de phénotypes, mais elle se traduit aussi par une progression plus ou moins rapide des signes moteurs et la fréquence variable des complications. Il manque à l’évidence de vastes cohortes pour mieux apprécier l’histoire naturelle de cette maladie et aboutir à un inventaire de ses divers sous-types pressentis dans la pratique médicale courante et les essais randomisés disponibles.

Ces constatations expliquent l’intérêt d’approches reposant sur les données de deux études de cohorte indépendantes de grande envergure avec les objectifs suivants : (1) définir de nouveaux sous-types ; (2) préciser la réponse à la lévodopa ; (3) déterminer la vitesse du déclin moteur et cognitif. Au total, ces études britanniques comprennent 2 945 patients (dont 1 601 dans la cohorte Tracking Parkinson’s et 944 dans la cohorte Oxford Parkinson’s Disease Centre Discovery). A l’état basal, le bilan neurologique avait porté sur les trois domaines essentiels : moteur, non moteur et cognitif. Le diagnostic de maladie de Parkinson était relativement récent (< 3,5 années) et le suivi a été d’au moins 18 mois. Les données ont été traitées au moyen d’une analyse factorielle complétée d’une classification automatique par la méthode des k-moyennes. Le pronostic a été évalué à l’aide de modèles aléatoires.

Détérioration motrice plus ou moins rapide et réponse à la L dopa variable

Quatre agrégats ont été ainsi identifiés et caractérisés par les traits suivants : (1) détérioration motrice rapide et symétrique, déficit olfactif, troubles cognitifs et hypotension orthostatique ; (2) forme légère tant sur le plan moteur que non moteur avec progression intermédiaire des signes moteurs ; (3) maladie motrice sévère, altération marquée de la qualité de vie et atteinte sévère au bien-être, sommeil médiocre et progression intermédiaire des signes moteurs ; (4) forme motrice lente avec prédominance du tremblement et de l’atteinte unilatérale. Ces agrégats se sont avérés assez stables entre les deux cohortes, le kappa étant en effet de 0,58.

C’est dans l’agrégat 1 que la détérioration motrice a été la plus rapide avec une diminution annuelle de 3,2 points (intervalle de confiance à 95 % IC95 %, 2,8 à 3,6) sur l’échelle UPDRS III (Unified Parkinson’s Disease Rating Scale) et c’est dans l’agrégat 4 qu’elle a été la plus lente soit 0,6 /an (0,1 à 1,1), ceci dans la cohorte Tracking Parkinson’s. La réponse à la lévodopa a été la plus marquée (+36,3 %) dans l’agrégat 2 et la plus faible dans l’agrégat 4 (+28,8 %).

Ces deux études de cohorte permettent d’individualiser quatre nouveaux sous-types de la maladie de Parkinson qui se distinguent les uns des autres par la progression plus ou moins rapide des signes moteurs et la réponse à la lévodopa. Cette classification qui peut être encore améliorée aboutit à une meilleure compréhension de la pathogénie de la maladie. Elle devrait également favoriser une stratification plus rationnelle des patients inclus dans les futurs essais thérapeutiques.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lawton M et coll. : Developing and validating Parkinson’s disease subtypes and their motor and cognitive progression. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2018; 89: 1279-1287.

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