Ce qu’apprend l’examen anatomopathologique du placenta au cours des encéphalopathies néonatales

L’encéphalopathie néonatale est caractérisée par une atteinte neurologique chez un enfant né à terme ou près du terme. Sa fréquence dans les pays développés est de 3 p 1 000. Elle comporte un risque important de décès, de lésions cérébrales et de séquelles à long terme. Le rôle de l’hypoxie-ischémie est une possibilité mais les causes sont hétérogènes et souvent inconnues. Les examens anatomo-pathologiques du placenta décèlent plus souvent que pour des enfants « contrôle » des anomalies de poids, des infarctus, des infections, des inflammations sans infection, des anomalies vasculaires. Cependant, ces examens sont fréquemment pratiqués dans le cadre de pathologies particulières et il n’y a pas de description consensuelle des lésions.

Une étude cas/contrôles a été conduite à l’Université McGill de Montréal. Les nouveau-nés étaient des singletons d’âge gestationnel ≥ 35 semaines. Les données proviennent en majorité d’une base prospective incluant tous les enfants nés dans le même hôpital dont les placentas sont systématiquement conservés et de nouveau-nés admis de l’extérieur pour une encéphalopathie néonatale (EN) dont les placentas étaient disponibles. Trois nourrissons « contrôles » nés dans l’hôpital, appariés par année de naissance, ont été sélectionnés au hasard pour chaque cas. Les placentas des enfants avec une encéphalopathie néonatale ont été comparés à ceux des nourrissons contrôles. Les lames histologiques  ont été lues par un seul anatomo-pathologiste expérimenté dans ce domaine, ne connaissant pas les données cliniques. Les lésions ont été décrites selon la terminologie internationalement recommandée (Amsterdam Placental Worshop Group) et classées en inflammatoires, troubles de la perfusion maternelle ou fœtale et autres. Les échantillons de placenta étaient disponibles pour 73 cas sur 87 (84 %) et pour 253 sur 261 (97 %) contrôles.

Anomalies de la perfusion

Les accouchements compliqués et les anomalies macroscopiques placentaires étaient plus communs en cas d’encéphalopathies, létales dans 4 cas. Les lésions inflammatoires et les anomalies de la perfusion maternelle n’avaient pas une prévalence différente mais les signes compatibles avec une hypo-perfusion fœtale globale, villosités avasculaires par exemple, étaient plus fréquents dans les placentas des enfants avec EN (20 %) que chez les contrôles (7 %, P=0,001, Odds Ratio [OR] 3,2 intervalle de confiance à 95 % IC 1,5-6,6). Une tendance vers plus d’anomalies segmentaires de la perfusion fœtale, de vascularites thrombosantes était notée dans les EN. Les tracés de monitorage fœtal ont été évalués comme possiblement ou définitivement anormaux plus souvent chez les nourrissons avec à la fois une EN et des anomalies de la perfusion fœtale que chez ceux avec une EN sans anomalie (P = 0,028).

Des anomalies de perfusion subaiguës ou chroniques du côté fœtal du placenta paraissent donc associées à une augmentation de risque d’encéphalopathie néonatale.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Vik T et coll. : The placenta in neonatal encephalopathy: a case-control study. J Pediatr., 2018; 202: 77-85

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