Du lithium dans l’eau de boisson pour diminuer le risque de démence ?

En l’absence d’un « traitement efficace de la démence », toute connaissance épidémiologique sur d’éventuels facteurs de risque constitue une avancée utile, rappellent les éditorialistes de JAMA Psychiatry.  Portant sur 73 731 patients atteints de démence et sur 733 653 contrôles (âge médian 80,3 ans ; 44 760 femmes [60,7 %] et 28 971 hommes [39,3 %]), une étude réalisée au Danemark évalue l’incidence d’un facteur d’environnement, en l’occurrence le taux de lithium dans l’eau de boisson, sur le risque de démence sénile.

Les auteurs ont rapproché « le taux moyen de lithium dans l’eau depuis 1986 » avec les données disponibles sur le diagnostic de démence porté en milieu hospitalier pendant une quarantaine d’années (entre les années 1970 et 2013 incluses).

Une association non linéaire

Observant « une association non linéaire » entre l’exposition au lithium dans l’eau de boisson et le risque de démence, les auteurs constatent une « différence statistiquement significative » entre les patients ayant un diagnostic de démence (médiane : 11,5 μg de lithium/litre ; intervalle interquartile : 6,5 μg/litre–14,9 μg/litre) et les témoins (médiane : 12,2 μg/litre ; intervalle interquartile : 7,3 μg/litre–16,0 μg/litre), p<0,001. Comparativement aux sujets exposés à un taux de lithium de 2 à 5 μg/litre, l’incidence de la démence diminue chez ceux exposés à une concentration supérieure à 15 μg/litre (rapport des taux d’incidence IRR= 0,83 ; intervalle de confiance à 95 % IC : 0,81–0,85 ; p < 0,001), ou comprise entre 10 et 15 μg/litre (IRR = 0,98 ; IC : 0,96–1,01 ; p = 0,17). Au contraire, cette incidence de la démence augmente quand l’exposition au lithium se situe entre 5 et 10 μg/litre (IRR=1,22 ; IC 1,19–1,25 ; p < 0,001). Des résultats similaires sont constatés pour le risque de maladie d’Alzheimer et celui de démence vasculaire.

Même si les auteurs précisent qu’on ne peut pas exclure l’existence de facteurs confondants, liés au lieu de résidence (autres critères alimentaires, écologiques, génétiques...), et si les effets éventuels d’une exposition plus élevée au lithium sur le rein ou d’autres organes devraient aussi être envisagés, cette étude suggère l’une des rares voies possibles pour réduire l’incidence de la démence : augmenter l’exposition à long terme au lithium dans l’eau potable ?

Dr Alain Cohen

Référence
McGrath JJ et Berk M : Could lithium in drinking water reduce the incidence of dementia? JAMA Psychiatry, 2017; 74: 983–984. Vedel Kessing L et coll.: Association of lithium in drinking water with the incidence of dementia. JAMA Psychiatry, 2017; 74: 1005–1010.

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